« Toujours à l’écoute » : voilà la promesse, assumée noir sur blanc, du prochain appareil conçu par Jony Ive pour OpenAI. Contrairement à un assistant vocal classique qu’on réveille avec un mot magique, ce boîtier est toujours actif, ce qui signifie que caméras et microphones fonctionnent en permanence, posant un problème de vie privée considérable. l’enceinte sur votre étagère de salon n’attend pas qu’on lui parle : elle écoute par défaut, tout le temps, et transmet ce qu’elle capte vers les serveurs d’une entreprise qui a déjà eu des soucis de gestion de données vocales par le passé.
À retenir
- Un appareil qui n’a pas de bouton « éteindre » : il écoute votre maison 24h/24
- Apple accuse OpenAI de vol de secrets industriels liés précisément à ce projet matériel
- Les données vocales resteront sur les serveurs d’OpenAI au moins 30 jours, malgré les promesses
Un micro qui ne s’éteint jamais
Le projet, issu du rachat par OpenAI de la société io fondée par l’ancien directeur du design d’Apple, a longtemps été entouré de mystère. Les dernières informations de Bloomberg décrivent finalement un « haut-parleur intelligent sans écran conçu comme un nouveau type d’ordinateur domestique pour l’ère de l’IA ». L’appareil se veut « humain », avec des fonctions de type enceinte connectée qui aident à contrôler les appareils domestiques, lire des médias, répondre aux messages et répondre aux questions grâce à ChatGPT. Rien d’alarmant sur le papier, jusqu’à ce qu’on lise la suite : il deviendra de plus en plus personnalisé et proactif avec le temps, en s’appuyant notamment sur les e-mails personnels de l’utilisateur.
Le mode de fonctionnement change tout. Un rapport du Financial Times, relayé par plusieurs médias, précise qu’à la différence des enceintes connectées classiques qui attendent un mot-clé, l’appareil sera « toujours actif », collectant en permanence des données pour construire sa « mémoire ». Certaines versions du prototype iraient même plus loin, avec plusieurs capteurs visuels : le petit appareil s’appuiera sur une caméra, un microphone et un haut-parleur pour interagir, et pourrait même utiliser plusieurs caméras selon une source proche du projet. C’est un peu comme installer un interphone qui reste ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sans bouton pour couper le son : techniquement pratique, mais qui change radicalement la nature de l’objet.
Où vont vos conversations, concrètement
La question posée en interne chez OpenAI n’est pas anecdotique. Un rapport détaille les trois obstacles qui retardent le lancement, et la vie privée en fait partie intégrante : la confidentialité reste également non résolue, en particulier pour les appareils toujours à l’écoute et enregistrant via caméras et microphones, à la différence des lunettes IA de Meta qui s’allument visiblement en cours d’enregistrement. Le projet global fait face à des problèmes non résolus liés au logiciel, à la confidentialité et à l’infrastructure technique, notamment des questions sur le comportement de l’assistant et la collecte continue de données via microphones et caméras.
Pour se faire une idée de ce qui arrive une fois les données envoyées, il suffit de regarder les pratiques déjà en vigueur chez OpenAI avec ChatGPT. Sur les offres grand public, OpenAI conserve l’historique des conversations des comptes personnels, sans réglage permettant de modifier cette politique de rétention, et même les conversations supprimées manuellement restent sur les serveurs d’OpenAI jusqu’à 30 jours pour surveiller d’éventuelles violations réglementaires. Pour l’API vocale Whisper, utilisée par de nombreuses applications tierces de transcription, une enquête a révélé que les enregistrements vocaux sont conservés au moins 30 jours pour la surveillance des abus, malgré un marketing suggérant une rétention nulle des données. Ce n’est pas rien : c’est exactement le genre de mécanique qu’on imagine derrière un appareil qui écoute en continu une pièce entière, pas seulement une commande ponctuelle tapée dans un chatbot.
Le futur boîtier de Jony Ive pourrait aussi comporter des capacités bien plus poussées que la simple commande vocale. D’après des informations relayées début 2026, l’appareil pourrait se présenter sous la forme d’une enceinte intelligente sophistiquée, potentiellement vendue entre 200 et 300 dollars, dotée d’une caméra intégrée capable d’identifier des objets et de reconnaître des conversations dans son environnement, avec éventuellement une reconnaissance faciale semblable à Face ID. Reconnaissance faciale, identification des conversations ambiantes : la promesse d’un simple gadget de design s’efface vite derrière celle d’un capteur domestique multimodal.
Apple accuse déjà OpenAI d’avoir pillé sa recette
Le calendrier de ce lancement s’est encore compliqué début juillet 2026, quand Apple a déposé une plainte fracassante accusant OpenAI de vol de secrets industriels liés précisément à ce projet matériel. Dans sa plainte, la firme de Cupertino ne mâche pas ses mots : « L’activité matérielle naissante d’OpenAI repose désormais sur les fondations les plus fragiles, pourrie jusqu’à son cœur par sa dépendance illégale à des secrets commerciaux détournés ». Apple vise deux anciens employés aujourd’hui chez OpenAI, dont son responsable matériel, et affirme que ces derniers auraient systématiquement volé des données confidentielles, incluant des informations sur des produits matériels non publiés, des spécifications techniques et des détails sur les fournisseurs de la chaîne d’approvisionnement d’Apple.
Fait notable, Jony Ive lui-même n’est pas visé personnellement : la plainte ne nomme pas Ive comme défendeur et ne l’accuse d’aucune faute. OpenAI a réagi sobrement, un porte-parole affirmant que l’entreprise « n’a aucun intérêt pour les secrets commerciaux d’autres entreprises » et reste « concentrée sur la construction de technologies innovantes qui donnent du pouvoir aux gens partout dans le monde ». Reste que cette bataille judiciaire tombe au pire moment pour OpenAI, en pleine préparation d’une entrée en bourse potentiellement historique, et qu’elle jette une lumière crue sur les coulisses d’un appareil déjà critiqué pour son appétit de données.
Le lancement grand public, lui, continue de glisser. Après avoir promis une sortie dès le second semestre 2026, OpenAI vise désormais une disponibilité repoussée, avec selon des documents judiciaires récents une expédition qui n’interviendra pas avant février 2027, sans même conserver le nom « io » à cause d’un litige de marque avec la start-up Iyo. De quoi laisser aux acheteurs le temps de lire attentivement, avant de craquer, la case « paramètres de confidentialité » qui accompagnera forcément la boîte.
Sources : fortune.com | news.ycombinator.com