J’ai revendu mon trousseau de clés avec l’AirTag dessus juste pour rendre service à l’acheteur : trois semaines plus tard, j’ai compris ce que mon iPhone continuait de recevoir

Un trousseau de clés avec un AirTag dessus, vendu à un inconnu sur Vinted pour lui rendre service. Rien de plus anodin, jusqu’à ce que l’iPhone du vendeur continue, semaine après semaine, à recevoir des mises à jour de position. Pas une notification d’alerte anti-pistage. Pas un bug passager. Juste le silence complet d’une app Localiser qui, elle, n’avait rien oublié : le petit boîtier blanc était resté relié à son compte Apple, et donc à sa localisation en temps réel.

Le scénario est plus courant qu’on ne le pense. On revend un objet, on pense bien faire en laissant l’AirTag dessus « pour dépanner » l’acheteur, et on oublie l’étape qui change tout : la dissociation du traceur de son propre identifiant Apple. Résultat, trois semaines plus tard, le vendeur comprend qu’il a suivi, sans le vouloir, les déplacements de quelqu’un d’autre. Un comble pour une technologie justement pensée pour empêcher le pistage.

À retenir

  • Revendu un AirTag ? Trois semaines sans vous rendre compte que votre iPhone suivait quelqu’un d’autre
  • L’AirTag reste lié à votre compte Apple tant que vous ne le supprimez pas explicitement
  • Le système anti-pistage d’Apple ne détecte pas toujours la situation — et les acheteurs non-Apple en sont invisibles

Pourquoi l’AirTag reste « propriété » du vendeur même après la vente

Le fonctionnement d’un AirTag repose sur un principe simple : tant qu’il n’a pas été explicitement retiré du compte iCloud de son propriétaire, il continue de lui appartenir numériquement, peu importe qui le porte physiquement. Apple précise que l’AirTag devra au préalable être dissocié de l’identifiant de l’utilisateur précédent, mais que la balise restera associée à ce compte si elle n’est pas à portée en Bluetooth du smartphone de l’ancien propriétaire. Concrètement, si le vendeur n’a pas ouvert l’app Localiser pour supprimer l’objet avant de le remettre à l’acheteur, rien ne se passe automatiquement. L’AirTag continue de remonter sa position via le réseau Localiser, ce vaste maillage de centaines de millions d’appareils Apple qui se transmettent discrètement les coordonnées Bluetooth des objets alentour.

Ce qui rend l’histoire particulièrement gênante, c’est que même une réinitialisation manuelle ne suffit pas toujours. En testant de réinitialiser un AirTag sans le dissocier avant de tenter de l’activer sur un autre compte, l’iPhone affiche bien le message indiquant que l’AirTag est connecté à un autre identifiant Apple, même sans l’avoir déclaré perdu. tant que la démarche de suppression n’a pas été faite depuis le compte d’origine, l’objet reste juridiquement et techniquement « habité » par son ancien propriétaire, un peu comme si on revendait une voiture sans jamais transférer la carte grise.

La procédure que presque personne ne fait avant de vendre

La marche à suivre existe pourtant, et elle prend moins de deux minutes. Il suffit d’ouvrir l’application Localiser sur son iPhone, de sélectionner l’AirTag dans la liste des appareils associés au compte iCloud, de faire défiler les paramètres de l’objet et d’appuyer sur le bouton « Supprimer » pour désactiver l’appairage. Une fois cette étape validée, l’objet redevient neutre, prêt à être associé au compte de son nouveau propriétaire.

Le problème, c’est que peu de vendeurs pensent à cette manipulation quand ils cèdent un simple trousseau de clés « avec l’AirTag en bonus », par gentillesse ou par flemme de le décrocher. Et quand l’oubli se produit, la solution de secours existe mais elle est fastidieuse : dans une situation où le premier utilisateur a bien supprimé l’objet de son compte mais où la balise n’était pas à portée Bluetooth au moment de la suppression, il faut retirer la pile puis la remettre dans son réceptacle jusqu’à entendre un son de validation, plusieurs fois de suite. Concrètement, on appuie sur le couvercle métallique et on le fait pivoter pour l’ouvrir, on retire la pile, on la réinsère jusqu’à entendre un son, et on répète l’opération jusqu’à entendre au total le même son quatre fois, la cinquième étant différente pour confirmer la réinitialisation. Une manipulation que quasiment aucun acheteur d’occasion ne connaît, et que beaucoup de vendeurs pressés zappent purement et simplement.

Un système anti-pistage qui devrait, en théorie, alerter tout le monde

Le paradoxe de cette histoire, c’est que l’AirTag a justement été conçu pour empêcher ce genre de situation. Si un AirTag séparé de son propriétaire semble accompagner quelqu’un d’autre pendant un certain temps, la personne concernée est censée être avertie, via une notification ou un son, une fonctionnalité créée spécifiquement pour empêcher quiconque de suivre autrui à son insu. En théorie, l’acheteur du trousseau aurait dû recevoir une alerte lui expliquant qu’un objet inconnu voyageait avec lui, et le vendeur aurait dû, lui, perdre l’accès à la localisation une fois l’objet suffisamment longtemps hors de portée Bluetooth de son propre iPhone.

Mais cette mécanique a ses angles morts, documentés depuis plusieurs années. Une question parlementaire posée à l’Assemblée nationale a d’ailleurs pointé du doigt le fait que plusieurs témoignages contestent le caractère systématique de ces notifications, une chanteuse américaine ayant retrouvé un AirTag dans son sac sans jamais avoir été alertée de sa présence à proximité. Autre faille relevée : les appareils Apple fonctionnant avec des versions anciennes d’iOS ne permettent pas de détecter le gadget, tout comme les utilisateurs Android privés de l’application Localisation d’Apple. Résultat, dans notre cas de figure, l’acheteur du trousseau n’a peut-être jamais vu passer la moindre alerte, tandis que le vendeur, lui, continuait tranquillement de recevoir les positions successives de l’objet dans son app Localiser, sans que rien ne lui saute aux yeux avant plusieurs semaines.

Apple a régulièrement renforcé ce filet de sécurité depuis le lancement du produit. Une mise à jour de firmware a par exemple permis à la fonction de recherche précise de localiser un AirTag inconnu détecté en mouvement, avec une notification indiquant qu’un AirTag séparé de son propriétaire se déplace avec l’utilisateur. Ces correctifs successifs montrent bien qu’Apple a conscience du problème, sans pour autant l’avoir totalement résolu : la faille la plus fréquente reste humaine, pas technique. On oublie de dissocier l’objet avant de s’en séparer, et le système, aussi bien pensé soit-il, ne peut pas deviner qu’une vente vient d’avoir lieu.

La leçon à tirer de cette mésaventure tient en une habitude simple à prendre avant toute revente d’objet équipé d’un traceur : ouvrir l’app Localiser, supprimer l’appareil, et vérifier que l’AirTag n’apparaît plus dans la liste avant de le remettre à qui que ce soit. Un réflexe qui prend moins de temps que d’emballer le colis, et qui évite de se transformer, malgré soi, en source de données de géolocalisation pour un parfait inconnu.

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