Trois semaines après avoir empoché 180 € pour mon ancien Roborock, j’ai reçu un message de l’acheteur avec une capture d’écran de l’application. Dessus : la carte complète de sa maison, les horaires de passage du robot, et surtout, mon compte encore connecté à l’appareil comme si de rien n’était. Le genre de découverte qui rappelle que revendre un objet connecté, ce n’est jamais juste vendre un objet.
L’histoire commence de façon banale. Roborock a dévoilé sa gamme 2026 au CES de Las Vegas en janvier, avec en tête d’affiche le Saros 20 et sa navigation StarSight 2.0 capable de reconnaître 300 objets différents, plus le Qrevo Curv 2 Flow doté d’un rouleau motorisé extra-large de 270 mm. Face à un tel argumentaire, difficile de résister. J’ai donc calculé que revendre mon ancien modèle allait couvrir une bonne partie de la facture, sachant que le Qrevo Curv 2 Flow était proposé en prix de lancement à 699 € avant de remonter à 899 €. Sur Leboncoin, l’offre est partie en deux jours. Réinitialisation usine faite, boîte d’origine retrouvée, tout semblait carré.
À retenir
- Un reset usine ne déconnecte pas l’appareil du compte cloud du fabricant
- Les cartes 3D stockées contiennent des informations intimes sur votre logement
- La plupart des utilisateurs ignorent où trouver le bouton de désassociation
Le reset usine, un faux sentiment de sécurité
Mais réinitialiser un robot aspirateur ne le déconnecte pas forcément du compte cloud qui lui est associé. C’est là toute la subtilité que peu d’utilisateurs anticipent : l’appareil physique repart à zéro, mais le lien numérique entre le robot et le compte du fabricant peut, lui, persister si on ne prend pas la peine de le rompre manuellement dans l’application avant la vente. Résultat, l’acheteur a beau scanner sa maison, configurer ses propres pièces, il peut se retrouver à partager ses données de navigation avec un compte qui n’est plus le sien.
Ce n’est pas une simple théorie. Les experts en cybersécurité alertent régulièrement sur le fait que certains modèles doivent être spécifiquement configurés pour ne pas envoyer de données au serveur du fabricant. Et l’histoire des robots aspirateurs espions n’est pas nouvelle : en 2022, des clichés pris par des Roomba avaient fini par circuler sur les réseaux sociaux après avoir transité par des sous-traitants chargés d’entraîner l’IA de reconnaissance d’objets, une affaire qui avait rappelé que des travailleurs intérimaires n’avaient pas respecté leurs accords de confidentialité et avaient partagé les photos censées rester privées. Roborock n’a jamais été visé par un scandale de cette ampleur, mais le mécanisme technique sous-jacent, cartes 3D, caméras embarquées, comptes cloud, reste identique d’une marque à l’autre.
Pourquoi les cartes de votre maison valent de l’or
Un robot aspirateur haut de gamme ne se contente pas d’aspirer. Il photographie, mesure, cartographie chaque pièce au centimètre près pour optimiser ses trajets. Cette carte, une fois stockée sur les serveurs du fabricant, contient en creux le plan de votre intérieur : emplacement des meubles, dimensions des pièces, zones interdites que vous avez peut-être définies autour d’une chambre d’enfant ou d’une salle de bains. Autant d’informations que de nombreux aspirateurs permettent d’interdire d’accès à certaines pièces, comme une chambre ou une salle de bains, précisément parce que le sujet est pris au sérieux par les fabricants eux-mêmes.
Le vrai problème, c’est que la majorité des utilisateurs ignorent où se trouve le bouton pour supprimer ce compte du robot avant de le céder. Chez Roborock comme chez ses concurrents Dreame ou Viomi, la procédure existe bel et bien dans les menus de l’application, mais elle reste noyée sous plusieurs sous-menus, loin d’un simple bouton “réinitialiser”. Certains utilisateurs plus techniques vont jusqu’à remplacer complètement le système d’origine par un firmware alternatif open source, une solution radicale qui permet de supprimer toute connectivité au cloud, tout en gardant l’appareil fonctionnel. Une démarche qui demande des compétences que la plupart des acheteurs n’ont, avouons-le, ni le temps ni l’envie d’acquérir.
La checklist à suivre avant de revendre son robot
Après cet épisode, j’ai listé ce qu’il fallait vérifier avant de céder n’importe quel appareil connecté à la maison. Trois étapes suffisent normalement à éviter la mésaventure : supprimer l’appareil depuis l’application (pas seulement le réinitialiser physiquement), vérifier dans les paramètres du compte qu’aucun historique de cartographie ne reste synchronisé, et changer le mot de passe du compte associé si un doute persiste sur un ancien partage familial. Roborock, comme la plupart des marques chinoises du secteur, propose cette option de désassociation dans les réglages avancés de l’appareil, mais elle n’est jamais mise en avant lors de l’achat.
Le nouveau robot que j’ai fini par recevoir compense largement cette frayeur. Le Saros 20, lancé en prix de découverte à 1 289 € avant de remonter à 1 499 €, mise sur un châssis ultra-fin de 7,95 cm capable de se glisser sous la quasi-totalité des meubles, une prouesse que mon ancien modèle ne pouvait absolument pas revendiquer. Mais la leçon reste la même quel que soit le modèle : un robot aspirateur n’est jamais un simple objet ménager qu’on cède comme un vieux grille-pain. C’est un appareil qui a mémorisé, photo par photo et pièce par pièce, l’intimité d’un logement. Avant de toucher les 180 €, mieux vaut donc passer cinq minutes de plus dans les paramètres que trois semaines à s’inquiéter de ce que l’acheteur suivant pourrait bien voir.
Sources : korben.info | welivesecurity.com