Un compte Gmail créé en 2012 pour stocker les photos de vacances, jamais utilisé pour écrire un mail depuis des années, mais toujours plein de souvenirs. Beaucoup de monde a ce genre de boîte fantôme. Le problème, c’est que Google ne les garde plus indéfiniment : un compte Google inactif est un compte qui n’a pas été utilisé depuis deux ans, et Google se réserve le droit de le supprimer ainsi que toutes les données associées. Et pourtant, il suffit d’un geste par an, parfois même moins, pour que tout reste en ligne.
À retenir
- Vous aviez oublié cette adresse Gmail créée en 2012 ? Elle pourrait disparaître sans prévenir
- Un seul clic par an sur YouTube, Gmail ou Drive : c’est tout ce qu’il faut pour survivre
- Google prétend nettoyer pour la sécurité, mais le stockage y gagne aussi beaucoup
Deux ans d’inactivité, et tout disparaît
La règle est posée noir sur blanc depuis 2023. Les comptes inactifs depuis au moins deux ans sont supprimés, avec tous les contenus qui y sont liés, une pratique qui a débuté de manière progressive à partir de décembre 2023. Avant cette date, Google se contentait d’effacer certains fichiers en cas d’inactivité prolongée mais laissait le compte lui-même en ligne. Ce n’est plus le cas : en 2020, les photos et documents étaient effacés mais le compte restait actif, ce qui a changé, puisque la suppression implique désormais l’entièreté du contenu hébergé, que ce soient Gmail, Drive, Docs ou Google Photos.
Concrètement, ça veut dire quoi ? Que la boîte mail créée pour un vieux projet scolaire, celle utilisée uniquement pour sauvegarder les photos d’un voyage au Japon en 2018, ou encore le compte secondaire ouvert “au cas où” pour un enfant, peuvent disparaître du jour au lendemain avec des milliers de clichés dedans. Ce n’est pas une menace théorique : depuis septembre 2024, cette politique a commencé à être mise en œuvre avec les premières suppressions de comptes, touchant aussi bien Gmail que Google Photos ou Google Docs. Le géant du web ne fait pas de distinction entre une adresse principale et une adresse poubelle : dès lors que le compte existe, la règle s’applique.
Pourquoi Google fait le ménage
La justification officielle tient en une phrase : la sécurité. Un compte laissé à l’abandon devient une porte d’entrée pour les pirates. Un compte qui n’a pas été utilisé pendant une période prolongée est plus susceptible d’être compromis, et Google affirme, grâce à une étude interne, que les comptes inactifs sont dix fois moins susceptibles de disposer de la vérification en deux étapes que les comptes actifs. ces vieilles adresses oubliées deviennent des cibles faciles, parfois avec un mot de passe recyclé depuis 2013, sans double authentification, prêtes à être exploitées pour du spam ou du phishing.
Il y a aussi, en creux, une question de coût de stockage. Plus de 4,3 millions de Go sont ajoutés chaque jour dans Gmail, Drive et Photos, selon Google. Faire du tri dans les comptes zombies permet à l’entreprise de libérer de l’espace serveur sans que ça se voie trop, tout en habillant la démarche d’un argument de cybersécurité difficile à contester. Les deux raisons ne s’excluent pas : elles se renforcent plutôt bien.
Le geste qui change tout (et il est ridiculement simple)
Voici la bonne nouvelle, celle qui change la donne pour quiconque garde une adresse Gmail dédiée aux photos : il ne s’agit pas de se connecter tous les jours, ni même tous les mois. Pour qu’un compte Google soit considéré comme actif, il suffit de l’utiliser pour lire ou envoyer un e-mail, pour utiliser Google Drive, regarder une vidéo YouTube, etc. Un seul signe de vie dans l’année suffit à repousser le compteur des deux ans.
Il suffit de se connecter au moins une fois avant la date butoir, ou d’utiliser le compte pour n’importe quelle activité sur les services Google : envoyer ou ouvrir un email, utiliser Google Drive, lancer une vidéo YouTube, télécharger une application sur le Play Store, ou lancer une recherche Google en étant connecté. Le moindre signe d’activité suffit. Ouvrir l’application Google Photos une fois pour regarder un vieil album, consulter la boîte de réception cinq secondes, ou même lancer une recherche depuis un navigateur connecté avec ce compte : tout ça compte. C’est presque dérisoire comparé à la perte potentielle de dizaines de gigaoctets de souvenirs.
Le hic, c’est que cette règle s’applique compte par compte, pas appareil par appareil. On peut effectuer des actions sur toutes les surfaces où l’on est connecté, mais si plusieurs comptes Google sont configurés sur un même appareil, il faut veiller à ce que chacun d’eux soit utilisé dans un délai de deux ans. Avoir son smartphone connecté à sa boîte pro n’aide donc en rien la vieille adresse perso oubliée dans un coin. Il faut se connecter spécifiquement avec CE compte-là.
Et si la suppression a déjà commencé ?
Google ne supprime jamais sans prévenir, en théorie. La firme envoie des notifications dans les mois qui précèdent la possible suppression d’un compte, à l’email du compte ciblé et vers l’email de récupération s’il a été configuré. Le souci, c’est que ces alertes atterrissent justement… dans la boîte mail qu’on ne consulte jamais. Beaucoup découvrent le message d’avertissement bien après son envoi. Certains témoignages récents le confirment : même si ce changement de politique a été annoncé en 2023, de nombreux utilisateurs ne reçoivent le message d’avertissement que bien plus tard.
Si le message est arrivé à temps, tout n’est pas perdu. Un lien de récupération est généralement fourni, valable plusieurs mois. Mais passé ce délai, la marge de manœuvre se réduit sérieusement : il est possible de récupérer un compte à condition que la demande soit relativement proche du moment de la suppression, Google n’indiquant pas d’échéance précise, seulement que si trop de temps s’est écoulé, il se peut qu’on ne puisse plus récupérer les données. Autant dire qu’il vaut mieux ne jamais en arriver là.
Le réflexe le plus simple reste d’exporter régulièrement une copie de secours via Google Takeout, l’outil qui permet de télécharger l’intégralité de ses photos et documents en local, sur un disque dur ou dans un autre service. Ça ne dispense pas du fameux geste annuel pour garder le compte vivant, mais ça évite de tout miser sur la mémoire d’un mot de passe vieux de dix ans et sur la bienveillance d’un algorithme de nettoyage.
Sources : leclaireur.fnac.com | cnews.fr