Ce matin-là, l’application a affiché un message sobre : identifiants incorrects. Mais le mot de passe était le bon, celui que j’utilisais depuis huit ans, jamais changé, jamais oublié. Le problème n’était pas ma mémoire, c’était le calendrier : mon compte Fitbit, resté volontairement à l’écart de tout compte Google, venait de basculer dans la case des comptes non migrés. Et avec lui, huit ans de sommeil, de fréquence cardiaque et de pas comptés qui pendaient au bout d’un fil.
À retenir
- Pourquoi Google a repoussé trois fois l’échéance avant de fermer vraiment les comptes Fitbit indépendants
- Ce que j’ai perdu en attendant trop longtemps pour exporter mes données de santé
- Le piège caché qui attend ceux qui utilisent un compte professionnel ou scolaire
Une échéance repoussée trois fois, jusqu’à devenir réelle
Cette histoire n’a rien d’un accident isolé. Depuis le rachat de Fitbit par Google, la migration vers les comptes Google a démarré en 2023, avec l’idée de la rendre obligatoire pour continuer à accéder à ses données de santé, alors que Fitbit maintenait auparavant son propre système de compte avec e-mail et mot de passe dédiés. Le calendrier initial visait 2025, mais Google a préféré gagner du temps : à l’origine, 2025 était la date limite au-delà de laquelle un compte Google serait exigé pour utiliser Fitbit, des changements présentés dès septembre 2022.
Premier report, donc, vers le 2 février 2026, avec un ton d’e-mail qui n’a laissé aucune place à l’ambiguïté : « vos données historiques ne seront pas conservées au-delà du 2 février 2026 (sauf obligations légales), et votre compte ainsi que vos données seront supprimés », prévenait Google dans le mail envoyé aux détenteurs de compte Fitbit. Puis, coup de théâtre à quelques jours de l’échéance : nouveau sursis. Dans une mise à jour discrète d’une page d’assistance, Google a repoussé la date limite de la bascule des comptes Fitbit vers un compte Google au 19 mai 2026, contre le 2 février 2026 initialement prévu. Un délai supplémentaire accordé, selon Android Authority, alors que l’échéance était à quelques jours près, ce qui laisse penser qu’un nombre conséquent d’utilisateurs traînaient encore les pieds.
Le 19 mai 2026 est désormais passé, et la règle est limpide : depuis cette date, il n’est plus possible d’accéder à Fitbit avec un compte Fitbit classique, la migration vers Google étant devenue le seul moyen de continuer à utiliser le service. C’est exactement le mur contre lequel je me suis cogné, un matin d’été, en pensant simplement ouvrir mon appli comme d’habitude.
Pourquoi j’ai résisté si longtemps, et ce que ça m’a coûté
Huit ans à refuser la fusion, ce n’était pas de la nostalgie technique. C’était la peur, assez répandue, de voir mes données de sommeil et mes courbes de fréquence cardiaque alimenter d’une façon ou d’une autre l’écosystème publicitaire de Google. Une inquiétude que la marque a tenté de désamorcer frontalement : un engagement permanent en faveur de la confidentialité des données est mis en avant, les données de santé et de bien-être Fitbit étant conservées séparément et non utilisées pour Google Ads. Sur le papier, l’argument tient. En pratique, il faut accepter de faire confiance à une politique qui peut évoluer, et surtout d’abandonner l’identifiant qu’on maîtrisait depuis toujours pour un compte Google, avec tout ce que ça implique de traçabilité croisée entre Gmail, Maps, YouTube et désormais son propre pouls.
Ce que je n’avais jamais fait, en revanche, c’est exporter mes données pendant que c’était encore simple. Une négligence que beaucoup partagent probablement, tant l’option restait disponible sans urgence apparente. Or la fenêtre de rattrapage existe, mais elle a une date de péremption bien précise : il est toujours possible de télécharger ou de supprimer ses données à tout moment avant le 15 juillet 2026, date à laquelle Google commence à traiter la suppression des données. Cette date aussi est désormais dans le rétroviseur. Le processus n’est pas instantané pour autant : la suppression prendra un certain temps, et certains utilisateurs pourront encore migrer leurs comptes pendant cette période, ce qui laisse, dans les faits, une marge de manœuvre résiduelle à ceux qui, comme moi, ont raté le coche.
Que faire quand l’accès est déjà coupé
Premier réflexe : mettre à jour l’application. Sur un compte ancien, l’option de bascule n’apparaît parfois qu’après une mise à jour forcée, un détail signalé par plusieurs médias spécialisés qui ont documenté la procédure : il faut s’assurer d’être sur la dernière version de l’appli Fitbit avant d’ouvrir les paramètres depuis le coin supérieur droit, où figure une option « Move Account ». Dans mon cas, ça a suffi : le message d’erreur a disparu dès que l’appli à jour m’a proposé la fameuse bascule, et huit ans d’historique ont survécu à la manipulation, comme promis par la documentation officielle qui assure que toutes les données historiques choisies pour la migration sont conservées sur le compte Google.
Un piège mérite d’être signalé pour ceux qui utilisent un compte professionnel ou scolaire : il n’est pas possible d’associer un compte Google Health à un compte Google Workspace, il faut utiliser un compte Google standard ou en créer un nouveau. Une contrainte qui a piégé plus d’un utilisateur pensant simplement relier son adresse professionnelle habituelle. Pour ceux qui refusent catégoriquement de céder leur historique de santé à Google, l’alternative reste radicale mais honnête : exporter, puis demander la suppression définitive du compte, une option toujours ouverte tant que le cycle de suppression n’a pas atteint ses propres données.
Reste une question de fond, plus large que mon simple mot de passe récalcitrant : à mesure que les objets connectés deviennent des passerelles vers des écosystèmes uniques, la propriété réelle de ses données personnelles se négocie de moins en moins au moment de l’achat, et de plus en plus au moment où une entreprise décide, unilatéralement, de fermer une porte qu’on pensait éternelle.
Sources : support.google.com | blog-nouvelles-technologies.fr | generation-nt.com