J’ai posé six prises connectées dans le salon juste pour couper toutes les veilles : un an plus tard, la facture avait grimpé alors que tout était éteint

Six prises connectées vissées derrière la télé, la box, la console et l’ampli, achetées un dimanche après-midi avec la ferme intention de tuer la consommation fantôme du salon. Douze mois plus tard, relevé de compteur à l’appui : la facture n’avait pas baissé d’un centime. Elle avait même légèrement grimpé. Pourtant, chaque prise coupait bien le courant à minuit et rien ne clignotait plus dans le noir. La traque aux veilles a fonctionné exactement comme prévu. C’est ailleurs que le bât blesse.

À retenir

  • Les normes européennes ont réduit la consommation fantôme des appareils récents à des niveaux minuscules
  • Les prises connectées consomment elles-mêmes entre 0,5 et 1,5 W en permanence
  • L’augmentation du tarif d’acheminement a effacé tous les gains potentiels

Le calcul qui semblait pourtant imparable

Sur le papier, l’équation était limpide. Selon l’ADEME, cette “consommation fantôme” peut représenter entre 11 et 15 % de la facture d’électricité d’un foyer. De quoi justifier n’importe quel investissement en prises connectées. L’ADEME estime qu’un foyer dispose de 15 à 50 équipements qui restent en veille, une consommation qui représente jusqu’à 15 % de la facture d’électricité annuelle. Décodeur TV, box internet, chargeurs oubliés, ampli home cinéma : le salon concentre à lui seul une bonne partie de ces “talons de consommation” qui tournent 24 heures sur 24 sans que personne n’y prête attention.

Le problème, c’est que la cible a bougé sous mes pieds. De nouvelles normes européennes, entrées en vigueur en mai 2025, limitent la consommation en veille des appareils vendus dans l’Union Européenne à 0,5 W (ou 0,8 W si un affichage est actif). le matériel récent gaspille déjà nettement moins qu’il y a cinq ans. Une télévision récente consomme ainsi 0,5W en veille contre 3W pour un modèle ancien. Couper au forceps une veille qui pesait déjà moins d’un watt, ça revient à écoper une flaque avec une petite cuillère. L’économie théorique existe, mais elle est minuscule comparée à ce qu’on imaginait en lisant les gros titres sur le gaspillage électrique.

Le vice caché : les prises elles-mêmes consomment

Voici le détail que personne ne mentionne sur l’emballage. Une prise connectée n’est pas un interrupteur passif : c’est un petit ordinateur miniature qui reste éveillé en permanence pour écouter le réseau, répondre à l’application et parfois dialoguer avec un serveur distant. La consommation propre de la prise varie entre 0,5 W et 1,5 W selon les modèles. Sur six prises tournant sans interruption toute l’année, ce n’est plus tout à fait anecdotique.

Le protocole choisi change beaucoup la donne. Les prises Zigbee 3.0 consomment moins de 0,3 W en propre et fonctionnent en local sans cloud, contre 0,8 à 1,5 W pour les modèles Wi-Fi dépendants d’un serveur distant. Or la grande majorité des prises vendues en grande surface fonctionnent en Wi-Fi, justement parce que c’est le protocole le plus simple à installer sans passerelle supplémentaire. Une prise connectée consomme entre 0,3 et 1 watt en fonctionnement, ce qui représente environ 2 à 5 kWh par an, soit quelques centimes à 1€. Multipliée par six et cumulée sur l’année, la note grimpe doucement, sans jamais devenir dramatique, mais elle grignote une bonne partie du gain qu’on espérait sur les appareils pilotés. Ajoutez à cela un pont domotique laissé branché en permanence pour faire le lien avec l’assistant vocal, et l’addition devient encore moins flatteuse : dans certains cas documentés, ce type de passerelle consomme à lui seul plusieurs watts en continu, soit largement plus que les appareils qu’il était censé économiser.

Le vrai coupable était ailleurs : le prix du kWh

Le détail qui a vraiment fait grimper la facture, ce n’est pas la consommation. C’est le prix payé pour chaque kilowattheure. Le tarif réglementé de vente (TRV) de l’électricité a augmenté en moyenne de 2,5 % au 1er août 2026 pour les clients particuliers dont la puissance est inférieure à 36 kVA. Une hausse qui s’explique en grande partie par le réseau de distribution : le TURPE, tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité, est une composante clé de la facture qui finance le transport et la distribution via Enedis et RTE. Concrètement, ce tarif d’acheminement progresse de 3,04 %, une révision décidée par le régulateur indépendamment de tout comportement domestique.

Résultat : même en consommant strictement la même quantité d’électricité qu’un an plus tôt, un foyer paie mécaniquement plus cher. C’est un peu comme réduire sa consommation d’essence de 5 % l’année où le litre augmente de 8 % : le geste vertueux existe bel et bien, mais il se noie dans une variable qu’on ne maîtrise pas depuis son salon. Les six prises connectées ont fait leur travail sur la partie qu’elles pouvaient contrôler. Elles n’ont jamais eu de prise, c’est le cas de le dire, sur le prix du kilowattheure fixé par la Commission de régulation de l’énergie.

Ce qui marche vraiment (et ce qui ne sert à rien)

Toutes les prises connectées ne se valent pas dans cette histoire. Celles qui pilotent des appareils réellement gourmands en veille, box internet ancienne, décodeur TV, ampli home cinéma avec écran allumé en permanence, restent rentables. L’ADEME chiffre le potentiel d’économies liées aux veilles à 70-90 € par an pour un foyer français consommant 4 500 kWh/an. Mais poser une prise connectée sur un chargeur de téléphone ou une lampe à LED déjà sobre relève du gadget plus que de l’économie réelle : la consommation qu’on cherche à couper est parfois plus faible que celle ajoutée par la prise elle-même.

La leçon la plus utile de cette année d’expérimentation tient en une phrase : mesurer avant d’équiper. Un wattmètre à quelques euros ou une prise avec mesure de consommation intégrée permet de repérer les vrais gouffres énergétiques du salon avant d’en tapisser chaque appareil. Reste un détail que peu de foyers vérifient : privilégier le Zigbee au Wi-Fi divise par deux ou trois la consommation propre de chaque prise, un choix technique invisible au moment de l’achat mais qui pèse, watt après watt, sur toute une année de facture.

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