Quarante euros d’économies. Sans changer de fournisseur, sans isolation supplémentaire, sans même modifier un seul usage quotidien. Juste un appareil débranché. Le scénario semble trop beau pour être vrai, et pourtant il repose sur une mécanique bien réelle : la consommation fantôme, ce courant électrique que vos appareils avalent en silence, même lorsque vous pensez les avoir éteints.
À retenir
- Vos appareils « éteints » consomment en silence et représentent jusqu’à 15 % de votre facture
- Trois appareils seulement peuvent vous coûter 40 € par an en consommation fantôme
- Les normes européennes 2025 changent la donne, mais vos vieux appareils restent de vrais gaspilleurs
Ce que “éteint” ne veut pas dire
Un appareil électrique éteint n’est pas forcément hors tension. Le mode veille signifie qu’il continue de consommer de l’énergie, même éteint par la télécommande. C’est ce qu’on appelle la consommation passive. Votre télé avec son petit voyant rouge qui brille dans le noir ? Elle tire du courant. Votre micro-ondes avec son horloge qui clignote ? Pareil. Téléviseurs intelligents, box Internet, enceintes vocales, consoles de jeux, chargeurs multiples et objets connectés forment désormais un écosystème électrique permanent, et chacun de ces équipements réclame une alimentation continue pour rester prêt à fonctionner.
Selon l’ADEME, cette “consommation fantôme” peut représenter entre 11 et 15 % de la facture d’électricité d’un foyer. Traduit en euros : pour un foyer moyen (2 adultes et 1 enfant), la consommation liée aux veilles représente entre 80 et 150 € par an, soit environ 10 à 15 % de la facture d’électricité, selon l’ADEME. C’est l’équivalent d’un abonnement mensuel à une plateforme de streaming, sauf que vous ne regardez rien.
Un logement peut compter entre 15 et 50 appareils en veille. Prenez une seconde pour faire le tour de votre salon : la box, le décodeur TV, la console, l’enceinte connectée, le chargeur oublié derrière le canapé. Chacun grignote. Et certains bien plus que les autres.
Les coupables que personne ne surveille
La box internet est probablement le plus grand gaspilleur silencieux du foyer connecté. L’offre la plus répandue en France, le triple play (box + téléphone + TV), affiche une consommation estimée à 184 kWh/an, soit 37 euros par an, ce chiffre variant selon votre tarif d’électricité. Cela représente environ 20 watts en fonctionnement normal, en continu, 24h/24. votre box consomme autant que de nombreux réfrigérateurs, et elle tourne même quand vous dormez.
La console de jeux, elle, réserve des surprises selon le modèle. La Xbox Series X avec l’option de lancement rapide affiche une consommation de veille de 13 W, soit 104 kWh et 18 euros par an. Ce mode “Démarrage instantané” coûte ainsi 19,81 € annuellement. Heureusement, le mode “Économie d’énergie” réduit cette consommation à 0,5 W, alignant son coût sur celui de la PS5 en mode éco. Ce réglage, souvent ignoré, se change en trente secondes dans les paramètres de la console.
Côté appareils de cuisine, un téléviseur en veille consomme en moyenne entre 5 et 10 watts, ce qui équivaut à près de 90 kWh sur une année. Le micro-ondes représente de 2 à 4 W soit jusqu’à 7 €, le four avec horloge de 2 à 4 W soit jusqu’à 8 €, et la machine à café de 1 à 3 W soit jusqu’à 5 €. Des montants modestes pris séparément, mais qui s’accumulent.
Comment atteindre -40 € avec un seul geste
Le calcul des 40 € d’économies n’est pas magique, il dépend du profil de votre foyer. Un ménage avec une box triple play ancienne génération, une console en mode “démarrage rapide” constamment en veille, et deux ou trois autres appareils datant d’avant 2017 peut très réalistically franchir cette barre en débranchant simplement l’appareil le plus gourmand. Les équipements anciens ou fortement connectés affichent souvent des consommations de veille supérieures aux normes actuelles.
La méthode la plus efficace pour identifier votre “coupable numéro un” reste le wattmètre. Pour connaître la puissance consommée lorsqu’un appareil est éteint ou en veille, vous pouvez investir dans un wattmètre (une trentaine d’euros), qui se branche entre la prise murale et celle de l’appareil. Certaines médiathèques les prêtent gratuitement. En une heure de test, vous savez exactement ce qui coûte quoi.
Pour ceux qui préfèrent une approche systématique, les prises connectées avec mesure de consommation permettent d’aller plus loin. En 2026, les solutions connectées permettent un suivi global en temps réel via des capteurs sur disjoncteurs ou des assistants connectés d’économie (comme Ecojoko), mais aussi via des prises connectées avec suivi de consommation telles que TP-Link Tapo, Meross, Eve Energy. Ces prises offrent également l’automatisation : programmer l’extinction de la box entre 1h et 7h du matin, par exemple, sans jamais y penser.
Une nuance s’impose toutefois. Éteindre sa box chaque nuit peut faire rater les mises à jour de sécurité et de performance déployées en pleine nuit par les opérateurs. Et si vos caméras de surveillance, alarmes ou thermostats connectés dépendent du Wi-Fi, les éteindre rend votre maison connectée plus vulnérable. La solution intermédiaire : utiliser le planificateur Wi-Fi intégré à votre box (disponible sur la plupart des modèles récents), qui coupe uniquement le réseau sans fil sans couper la box entièrement.
Le vrai levier : les anciens appareils
La majorité des appareils modernes consomment presque rien en veille ou éteints, surtout depuis l’entrée en vigueur des normes européennes de 2025. Ces nouvelles normes européennes, entrées en vigueur en mai 2025, limitent la consommation en veille des appareils vendus dans l’Union Européenne à 0,5 W (ou 0,8 W si un affichage est actif). Mais les appareils achetés avant 2017 échappent à ces règles et peuvent consommer jusqu’à 10 fois plus.
Le vrai gaspillage provient essentiellement des appareils nécessitant une veille réseau active (box, consoles de jeu). C’est là que se cachent vos 40 €. Un vieux décodeur TV laissé branché toute la journée, une Xbox en mode démarrage rapide, une box d’ancienne génération qui tourne à 20 W : ces trois appareils cumulés approchent facilement les 200 kWh annuels de consommation fantôme, soit une quarantaine d’euros envolés chaque année sans rien faire.
La leçon à retenir est contre-intuitive : ce ne sont pas les petits chargeurs oubliés qui font le plus de dégâts. Ce sont les appareils “intelligents” en veille active, ceux qui restent connectés en permanence pour être prêts en une seconde. Chaque foyer réduisant ses veilles de 50 % économise 80 € annuels tout en préservant l’équivalent de 200 kg de CO2. À mesure que les normes 2027 forceront les fabricants à descendre encore plus bas, le problème se déplacera vers notre parc d’appareils existants, et c’est là, dans les tiroirs et les multiprise oubliés, que se joueront les prochaines économies.