Les dinosaures n’étaient pas aussi intelligents qu’on le pensait : cette découverte sur leurs neurones change tout

L’image du Tyrannosaure rex comme d’un prédateur au cerveau de primate vient de s’effondrer. Une controverse scientifique majeure bouleverse notre compréhension de l’intelligence des dinosaures, remettant en question des années de recherches sur leurs capacités cognitives.

En 2023, une étude révolutionnaire suggérait que ces géants possédaient autant de neurones que les singes modernes, faisant d’eux des créatures bien plus intelligentes qu’on le pensait. La neuroscientifique Suzana Herculano-Houzel de l’Université Vanderbilt avait conclu que le tyrannosaure rex possédait entre deux et trois milliards de neurones, soit l’équivalent de ceux du cerveau des primates intelligents, comme les babouins. Cette découverte laissait imaginer des dinosaures capables d’utiliser des outils, de développer des cultures complexes et de résoudre des problèmes sophistiqués.

Mais cette vision spectaculaire vient d’être sérieusement remise en cause. Cristian Gutierrez, neuroscientifique à l’Université de l’Alberta, qualifie ces affirmations d'”audacieuses” nécessitant un second regard critique. Son équipe internationale, qui a publié ses travaux dans The Anatomical Record en avril 2024, remet en question les fondements mêmes de cette théorie de l’intelligence dinosaurienne.

Le mythe du cerveau géant s’effrite

La faille principale de l’étude originale résidait dans une erreur d’estimation fondamentale. Herculano-Houzel avait considérablement surestimé la taille du cerveau réel à l’intérieur des crânes des tyrannosaures rex, qui étaient beaucoup plus étroitement liés aux crocodiles modernes qu’aux oiseaux. Cette approximation erronée avait des conséquences dramatiques sur les calculs de densité neuronale.

Contrairement aux oiseaux modernes, le cerveau du T. rex et de nombreux autres dinosaures flottait dans un fluide, comme c’est le cas chez les crocodiles actuels. Le cerveau du T. rex n’occupait qu’environ 30 à 40% de sa boîte crânienne. Cette réalité anatomique change tout : en recalculant la taille réelle du cerveau, l’estimation pour le télencéphale chute de 3,3 milliards à 1,2 milliard de neurones. En utilisant la densité neuronale des reptiles, ce nombre s’effondre encore davantage, entre 245 et 360 millions.

Cette révision drastique replace les dinosaures dans une catégorie cognitive radicalement différente. Un tyrannosaure rex intelligent devient hautement improbable selon Gutierrez, ces monstres ayant probablement une intelligence plus proche de celle d’un crocodile que de celle d’un primate. L’analogie est saisissante : imaginer un crocodile de sept tonnes terrorisant les écosystèmes du Crétacé, mais avec la cognition basique d’un reptile moderne.

Quand la taille du corps compte plus que le nombre de neurones

Au-delà des erreurs de calcul, la controverse soulève une question plus fondamentale sur la relation entre neurones et intelligence. Plus de neurones ne signifient pas nécessairement plus d’intelligence, souligne Gutierrez. Les girafes possèdent environ deux milliards de neurones, mais ne sont pas connues pour utiliser des outils ou transmettre une culture.

La proportionnalité corps-cerveau joue un rôle crucial souvent négligé. Même si le cerveau d’un tyrannosaure rex contenait autant de neurones que celui d’un babouin, ce cerveau avait beaucoup plus de corps à exploiter. Un T. rex pesait sept tonnes contre 40 kilos pour un babouin. Cette disproportion suggère que la majorité des neurones dinosauriens servaient probablement aux fonctions sensorimotrices de base plutôt qu’aux processus cognitifs complexes.

L’exemple des pies illustre parfaitement cette nuance : elles ne possèdent qu’environ 400 millions de neurones, mais jouent à des jeux et organisent des funérailles pour leurs morts. La sophistication comportementale ne découle pas mécaniquement du nombre brut de neurones, mais de leur organisation et de leur efficacité.

Une révision qui transforme notre vision du passé

Cette réévaluation ne diminue en rien la fascination pour ces créatures extraordinaires, mais elle recentre notre compréhension sur des bases plus solides. Les chercheurs concluent que les variables neurologiques comme le nombre de neurones et la taille relative du cerveau sont des indicateurs défaillants pour prédire la complexité cognitive, le taux métabolique et les traits d’histoire de vie chez les dinosaures.

Cette controverse scientifique révèle aussi les limites inhérentes à l’étude des comportements éteints. Le comportement reste la seule chose qui ne se fossilise jamais, forçant les paléontologues à naviguer entre indices fragmentaires et extrapolations hasardeuses. Les dinosaures demeurent des énigmes cognitives, mais probablement moins spectaculaires que ne le suggéraient les estimations les plus optimistes.

Plutôt que des créatures quasi-humaines dotées d’une intelligence de primate, les grands théropodes du Mésozoïque étaient vraisemblablement des prédateurs efficaces aux capacités mentales comparables à celles des grands reptiles actuels. Une réalité moins romantique, mais scientifiquement plus robuste, qui nous rappelle que l’extraordinaire réside parfois davantage dans la rigueur méthodologique que dans les hypothèses les plus audacieuses.

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