Vous avez un vieux compte Gmail, créé au lycée ou pour un job d’été, que vous n’ouvrez plus depuis des années. À l’intérieur : des photos de vacances, une conversation avec un ex, peut-être les premiers mails d’un travail oublié. Ce compte fantôme, la plupart d’entre nous le laissent dormir sans jamais s’y reconnecter. Le problème, c’est que Google efface désormais purement et simplement les comptes inactifs depuis deux ans, avec tout ce qu’ils contiennent.
À retenir
- Google a changé sa politique : depuis 2023, les comptes inactifs pendant deux ans disparaissent entièrement, adresse mail comprise
- Un seul acte suffit à maintenir un compte vivant : une connexion, un mail, une recherche — dix secondes tous les deux ans
- En 2026, le risque s’étend même aux services individuels : vos photos ou documents Drive peuvent être supprimés indépendamment du reste du compte
La règle des deux ans, et pourquoi elle change tout
Depuis mai 2023, Google a mis à jour sa politique d’inactivité. À partir de cette période, si un compte Google n’a pas été utilisé ou n’a pas été connecté pendant au moins 2 ans, l’entreprise peut supprimer le compte et son contenu, y compris le contenu de Google Workspace (Gmail, Docs, Drive, Meet, Calendar) et Google Photos. La mesure est entrée en vigueur progressivement, avec une première vague de suppressions à partir du 1er décembre 2023, comme le confirme la page d’aide officielle de Google. Trois ans plus tard, en 2026, la purge tourne à plein régime, et elle ne concerne plus seulement les comptes fantômes jamais ouverts : elle touche aussi ceux qu’on a simplement délaissés au profit d’une adresse plus récente.
Ce qui frappe, c’est la radicalité du changement de doctrine. Avant 2023, la politique change désormais par rapport à 2020, où Google effaçait les données stockées dans un compte inactif sans supprimer le compte lui-même. Aujourd’hui, c’est le compte entier qui disparaît, adresse mail comprise, et une fois l’adresse supprimée, elle ne peut plus être récupérée ni recréée. C’est comme si votre boîte aux lettres physique n’était pas juste vidée, mais littéralement arrachée du mur de l’immeuble, avec votre nom de famille gravé dessus qui redevenait disponible pour un inconnu.
Ce qui compte vraiment comme “inactivité”
Bonne nouvelle : le seuil de réactivation est ridiculement bas. Lire ou envoyer un mail, utiliser Google Drive, regarder une vidéo YouTube, télécharger une application depuis le Play Store, se connecter à une application tierce avec son compte Google ou effectuer une recherche Google en étant connecté suffisent tous à maintenir un compte actif. Dix secondes de connexion, littéralement, tous les deux ans. Pas besoin de trier sa boîte mail ni de répondre à qui que ce soit : ouvrir l’appli et taper son mot de passe suffit à repousser le compteur.
Il existe aussi des exceptions automatiques qui protègent certains comptes sans action de votre part. Un compte Google est considéré comme actif même s’il n’a pas été utilisé pendant une période de deux ans si son propriétaire a effectué un achat de produit, application ou abonnement Google en cours, s’il contient une carte cadeau avec un solde, ou s’il possède une application ou un jeu publié avec des transactions financières actives. Les comptes professionnels et scolaires échappent également totalement à la règle. Les comptes YouTube contenant des vidéos sont pour leur part épargnés par cette politique, de même que ceux avec un abonnement payant actif.
Pourquoi Google s’attaque à vos vieux comptes
L’argument officiel n’est pas le stockage, même si libérer des serveurs y contribue forcément. La justification avancée tient à la sécurité. L’analyse interne de Google montre que les comptes abandonnés ont au moins 10 fois moins de chances que les comptes actifs d’avoir activé la vérification en deux étapes, ce qui les rend vulnérables : une fois compromis, un compte peut servir de vecteur à du contenu indésirable ou malveillant comme le spam. Un vieux compte, avec un mot de passe recyclé depuis 2014 et aucune double authentification, c’est une porte d’entrée en or pour un pirate qui veut ensuite spammer toute votre liste de contacts, y compris les gens qui vous connaissent vraiment.
Ce raisonnement, on peut le trouver un peu commode pour une entreprise qui économise au passage des exaoctets de stockage. Mais il tient la route : un compte qu’on n’ouvre jamais, c’est un compte qu’on ne surveille jamais, et donc une faille dont on ne s’aperçoit qu’après coup, quand les dégâts sont faits.
Le vrai risque, ce sont les usages en 2026
La nouveauté la plus concrète pour 2026 ne concerne d’ailleurs plus seulement le compte dans son ensemble, mais chaque service pris individuellement. Si l’inactivité concerne Gmail, Drive ou Photos pendant deux ans, Google peut supprimer le contenu de ce produit spécifique ; de la même façon, si le stockage reste au-dessus de la limite gratuite pendant deux ans, du contenu peut être supprimé à travers les services. même un compte principal utilisé quotidiennement pour les mails peut voir ses photos ou ses documents Drive effacés si ce service précis n’est jamais ouvert, ou si le stockage gratuit déborde sans être géré.
C’est là que le second compte, celui qu’on garde “au cas où”, devient un vrai danger. Les usages typiques sont connus : des comptes Gmail secondaires utilisés pour des projets spécifiques, des inscriptions à des newsletters ou des tests peuvent facilement être oubliés pendant deux ans, surtout si l’usage principal de l’adresse a migré ailleurs. Et une fois la suppression actée, il n’y a pas de retour en arrière possible passé le délai de grâce.
Avant que ça n’arrive, Google ne supprime jamais sans prévenir. Google prévient en amont à plusieurs reprises de la suppression prévue d’un compte. Concrètement, cela se traduit par des alertes envoyées des mois à l’avance, avec un dernier avertissement laissant encore quelques semaines pour réagir avant l’effacement définitif. Le geste à faire tient en une phrase : ouvrez une fois tous vos comptes secondaires, mêmes ceux dont vous ne vous servez jamais, cochez la case “je suis toujours vivant numériquement”, et refermez l’onglet. Deux ans plus tard, recommencez. C’est absurdement simple, et ça évite de perdre définitivement des souvenirs qu’on croyait éternels juste parce qu’ils dormaient dans le mauvais tiroir.
Sources : leclaireur.fnac.com | ici.radio-canada.ca