La petite pastille verte ou orange notée sur 10, collée sur l’emballage depuis 2021, a disparu des rayons. À sa place trône désormais un rectangle multicolore qui ressemble à s’y méprendre à l’étiquette du réfrigérateur ou du lave-linge. Depuis le 20 juin 2025, l’étiquette énergie évolue pour les smartphones et tablettes nouvellement mis sur le marché, mentionnant la classe énergétique, l’indice de réparabilité, la résistance aux chutes, l’endurance de la batterie et le niveau de protection contre l’eau et la poussière. Un an après son entrée en vigueur, le bilan est contrasté : plus d’informations, mais un public qui peine encore à s’y intéresser.
Le changement n’est pas cosmétique. Pour les appareils électroménagers, les téléphones et tablettes, l’étiquette énergie donne la classe énergétique sur une échelle de A à G, et c’est la première fois qu’une note de réparabilité est obligatoire pour des produits commercialisés dans l’Union européenne. La France faisait presque figure de pionnière avec son propre indice depuis 2021, mais Bruxelles a tranché : un seul système, valable dans les vingt-sept pays. L’arrêté français du 26 juin 2025 a abrogé l’ancien indice national noté sur 10 hérité de 2020, au profit d’un score unique harmonisé à l’échelle de l’UE. Exit donc la note franco-française, place à un standard commun qui permet, en théorie, de comparer un smartphone acheté à Lisbonne avec un modèle vendu à Varsovie sur les mêmes bases.
À retenir
- Comment l’ancienne note française sur 10 a cédé la place à un standard européen plus exigeant
- Cinq données clés désormais visibles sur une seule étiquette : pouvez-vous les décoder ?
- Des obligations cachées derrière l’étiquette : batteries garanties 800 cycles et pièces disponibles 7 ans
Cinq indicateurs sur une seule étiquette
Concrètement, l’étiquette condense plusieurs informations que l’ancien système ne réunissait jamais au même endroit. Elle affiche la classe énergétique de A à G comme sur l’électroménager, l’autonomie de la batterie exprimée en heures sur un cycle de test normalisé, une classe de réparabilité de A à E, la résistance aux chutes également notée de A à E, et un indice de protection contre l’eau et la poussière. À titre d’exemple concret, un modèle récent comme le Samsung Galaxy S26 affiche une classe énergétique A, une réparabilité C, une résistance aux chutes A et une autonomie d’environ 51 heures en cycle de test, ce qui donne une idée assez précise de ce que le consommateur peut désormais lire d’un simple coup d’œil.
Un QR code complète le dispositif. Il donne accès à la base de données européenne EPREL, l’European Product Database for Energy Labelling, qui contient des informations complémentaires sur chaque produit. bonne nouvelle pour les curieux : cette base est publique, gratuite, et permet de vérifier les chiffres avancés par le fabricant avant même de mettre les pieds en magasin.
La note de réparabilité mérite qu’on s’y attarde, puisqu’elle a remplacé purement et simplement l’ancien indice tricolore. Six critères entrent désormais dans son calcul : la profondeur de démontage, le type de fixations utilisées, les outils nécessaires, la disponibilité des pièces, la durée des mises à jour logicielles et l’accessibilité de la documentation de réparation. C’est plus technique que l’ancien système, mais aussi plus exigeant sur le papier. Le hic, c’est que le grand public ne s’en préoccupe visiblement pas encore autant qu’espéré : un an après l’entrée en vigueur de l’étiquette, presque personne ne la regarde, selon un bilan publié en juillet 2026. Un comble pour un dispositif censé guider l’acte d’achat.
Des obligations qui vont bien au-delà de l’étiquette
L’étiquette n’est que la partie visible d’un chantier réglementaire plus vaste. Derrière elle se cache un règlement d’écoconception qui impose des contraintes de fabrication concrètes. Les batteries devront conserver au moins 80 % de leur capacité initiale après 800 cycles de charge et décharge. C’est un chiffre qui parle : pour un usage quotidien, cela correspond grosso modo à deux à trois ans de recharge intensive avant de sentir une vraie baisse d’autonomie. Autre engagement de taille, les pièces détachées critiques doivent rester disponibles pendant au moins sept ans après la fin de la commercialisation du produit, et livrées dans un délai de 5 à 10 jours ouvrables. Fini, en théorie, l’attente interminable pour un écran ou une batterie de rechange.
Le volet logiciel n’est pas oublié non plus. Les fabricants doivent assurer des mises à jour, y compris de sécurité, pendant au moins cinq ans. Un smartphone acheté aujourd’hui devrait donc rester protégé et fonctionnel bien plus longtemps qu’il y a cinq ans, à une époque où deux ou trois ans de suivi logiciel faisait figure de norme chez de nombreux constructeurs Android.
Tout n’est pas rose : exemptions et critiques
Le dispositif a ses angles morts, et ils ne sont pas anodins. Les smartphones pliables ainsi que les modèles conçus pour la communication de haute sécurité, destinés à des utilisateurs professionnels, échappent totalement à l’obligation d’étiquetage. les foldables premium, souvent les plus chers du marché, ne sont soumis à aucune de ces contraintes de transparence. Une association de défense des consommateurs comme HOP (Halte à l’Obsolescence Programmée) n’a d’ailleurs pas caché sa déception dès l’entrée en vigueur du texte : malgré des avancées palpables en matière d’écoconception, l’organisation reste très déçue de l’étiquette énergie, pointant des critères manquants et un affichage parfois dysfonctionnant.
La prochaine étape, plus radicale encore, arrive en 2027. Une exigence de batterie remplaçable avec des outils courants du commerce doit s’appliquer, mais avec une exemption notable pour les modèles les plus étanches et résistants, ceux qui affichent une certification IP67 ou supérieure couplée à une forte tenue en cycles de charge. Concrètement, les flagships premium, souvent les plus étanches, pourraient continuer d’échapper à cette obligation de démontage facile, une nuance qui contredit les rumeurs circulant en ligne annonçant un retour universel de la batterie amovible. De quoi rappeler qu’en matière de réglementation tech, le diable se cache toujours dans les exceptions.
Sources : francemobiles.com | touteleurope.eu