J’ai posé mon téléphone sur mon nouveau chargeur magnétique 15 W sans retirer ma coque porte-cartes juste pour gagner deux secondes le soir : le lendemain au portique, mon titre de transport n’a plus rien voulu savoir

Direct : votre pass Navigo, votre badge d’immeuble ou votre carte de fidélité n’ont pas été “démagnétisés” par un aimant, au sens propre du terme, dans l’immense majorité des cas. Depuis 2013, la carte Navigo a basé sur le standard Calypso, initialement implémenté avec la technologie RFID, avant de passer à la technologie NFC, une refonte signée Philippe Starck. Votre titre de transport francilien fonctionne avec une puce sans contact, pas avec une bande magnétique noire qu’on peut effacer en approchant un aimant. Ce qui n’exclut pas un vrai problème. Juste pas celui qu’on croit.

À retenir

  • Pourquoi les aimants MagSafe ne sont pas vraiment le coupable de la démagnétisation
  • Le danger caché du chargeur à induction qui ne dure que quelques secondes au portique mais des heures la nuit
  • Comment un téléphone compatible sans fil peut aussi être victime du phénomène, pas seulement votre carte

Bande magnétique contre puce NFC : deux technologies, deux vulnérabilités

La confusion vient d’un vieux réflexe. Nos cartes bancaires ont longtemps porté cette bande noire au dos, une technologie qui stocke des données binaires en modifiant la polarité de minuscules particules magnétiques, et si un champ magnétique externe interfère avec ces particules, l’information devient illisible. C’est ce mécanisme, la coercivité, qui rend certains badges d’hôtel ou tickets de parking sensibles à un aimant puissant posé trop près.

Mais les titres de transport modernes, les cartes bancaires sans contact et les pass NFC fonctionnent tout autrement. Une carte à puce dialogue avec un lecteur par induction électromagnétique à très courte portée : les principes physiques reposent sur un couplage inductif et un champ magnétique de très faible portée, inférieur à quelques centimètres. Un aimant statique, comme ceux d’un chargeur MagSafe ou Qi2, n’a normalement aucune prise sur ce type de composant. C’est d’ailleurs ce qu’a confirmé Apple dès le lancement de MagSafe : interrogée sur le sujet, la Vice-Présidente du marketing produit d’Apple s’est voulue rassurante, les aimants de MagSafe n’interféreront pas avec les cartes de type carte de crédit. En revanche, les cartes souples non réutilisables comme celles d’hôtels ou de transports peuvent être sensibles aux aimants et il vaut mieux ne pas les coller à l’iPhone pour ne prendre aucun risque. Si votre titre de transport est encore une carte papier à piste magnétique (certains tickets t+ ou cartes régionales le sont encore), le scénario classique de démagnétisation reste plausible.

Le vrai suspect : le champ qui charge, pas l’aimant qui tient

Le détail qui change tout dans cette histoire, c’est que le problème n’est pas venu de l’aimant qui plaque le téléphone au chargeur, mais du champ électromagnétique généré pendant la charge elle-même. Un chargeur à induction fonctionne en faisant circuler du courant dans une bobine, ce qui crée un champ magnétique invisible autour de la surface de charge dès que le chargeur est branché, et si un smartphone compatible est posé exactement sur ce champ, sa bobine réceptrice le capte. Le hic, c’est que ce champ traverse tout ce qui se trouve entre le téléphone et le socle, coque comprise, cartes comprises.

Apple le documente noir sur blanc dans son support technique, cité sur les forums MacGeneration : les supports magnétiques, les étuis magnétiques ou d’autres objets présents entre l’iPhone et le chargeur sont susceptibles de réduire les performances de charge ou d’endommager les bandes magnétiques ou les puces RFID comme celles présentes sur certains badges de sécurité, cartes bancaires, passeports et badges individuels. La recommandation est sans ambiguïté : si l’étui contient l’un de ces éléments sensibles, il faut le retirer avant de charger l’appareil ou s’assurer qu’il ne se trouve pas entre la partie arrière de l’iPhone et le chargeur. Une carte RFID coincée entre la bobine du chargeur et celle du téléphone reçoit donc, pendant plusieurs heures de charge nocturne, un champ électromagnétique alternatif bien plus intense et bien plus prolongé qu’un simple survol par un lecteur de portique, qui lui ne dure qu’une fraction de seconde.

Ce que ça change concrètement, et où se situe la vraie limite

Certains fabricants et vulgarisateurs continuent de rassurer en bloc, expliquant que les cartes à puce utilisent un processus différent pour stocker les informations, qui ne sont pas affectées par les champs magnétiques produits par les chargeurs sans fil. Sur le papier, c’est vrai pour une exposition brève. Mais la nuance qu’ils oublient, c’est la durée et la répétition : une carte laissée soir après soir contre un chargeur actif n’est pas dans la même situation qu’une carte qui passe une fois devant un aimant de réfrigérateur.

Il existe aussi un phénomène moins connu, remonté sur les forums d’utilisateurs Samsung : sur certains smartphones, l’antenne NFC et la bobine de charge sans fil partagent physiquement le même module interne. Un technicien y explique ainsi que l’antenne NFC fait bien partie de la même pièce que la bobine de charge sans fil, ce qui veut dire qu’un dysfonctionnement lié à la charge peut, dans de rares cas, endommager le NFC du téléphone lui-même, pas seulement celui de la carte posée dessus. Dans ce cas de figure, ce n’est pas votre pass Navigo qui a un problème, mais l’antenne de votre iPhone qui ne lit plus correctement les titres de transport, un souci bien plus embêtant à diagnostiquer puisque le symptôme est identique au portique.

La bonne nouvelle, c’est que ce genre d’incident reste rare et généralement réversible côté carte : Île-de-France Mobilités permet de recharger et de faire réémettre un passe endommagé en agence ou via les bornes RATP présentes notamment dans les gares et aéroports. La leçon pratique, elle, est simple et ne coûte vraiment que deux secondes : sortir systématiquement les cartes sensibles de la coque avant de poser le téléphone sur un chargeur à induction, qu’il soit magnétique ou non. Le gain de temps du soir ne vaut clairement pas la queue au guichet du lendemain matin.

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