Trois semaines. C’est le temps qu’a tenu le lot de cartouches compatibles acheté en promo pour boucler la rentrée sans se ruiner, avant que l’imprimante HP n’affiche ce message devenu tristement classique : cartouche non reconnue, puce non HP détectée, impression bloquée. Le scénario n’a rien d’un bug isolé ni d’une malchance personnelle. Il porte un nom, une date précise, et une explication technique bien documentée : la mise à jour firmware 2602A/B, déployée fin janvier 2026, qui réactive la fameuse fonction Dynamic Security sur une partie du parc HP.
À retenir
- Une mise à jour firmware déployée en janvier 2026 transforme les cartouches compatibles en déchet électronique du jour au lendemain
- HP réactive le blocage logiciel un mois après une norme environnementale le lui interdisant formellement
- Des solutions existent pour désactiver la fonction, mais elles restent ignorées par la majorité des utilisateurs
Une mise à jour qui vise même les imprimantes de neuf ans
Le mécanisme n’est pas nouveau, mais son ampleur récente a surpris. En janvier et février 2026, HP a déployé une nouvelle mise à jour firmware sur au moins onze de ses modèles d’imprimantes, y compris des appareils vieux de presque neuf ans comme l’OfficeJet Pro 7720. même les propriétaires d’une imprimante achetée il y a près d’une décennie ont vu leur machine changer de comportement du jour au lendemain, sans avoir rien demandé. L’objectif, non dissimulé, est de réactiver sa politique de “Dynamic Security” : rendre les cartouches de marques tierces tout simplement inutilisables.
Le fonctionnement technique tient en quelques lignes, mais il explique tout. Depuis 2016, HP intègre dans ses imprimantes une technologie appelée “Dynamic Security” : le firmware de l’imprimante vérifie la puce électronique de chaque cartouche insérée, et si cette puce n’est pas reconnue comme “officielle HP”, l’imprimante peut refuser de fonctionner. Le piège, c’est que cette vérification ne se joue pas une fois pour toutes à l’achat de la machine. HP déploie régulièrement des mises à jour automatiques du firmware via la connexion Wi-Fi, souvent sans prévenir, et une cartouche compatible qui fonctionnait parfaitement peut donc se retrouver bloquée du jour au lendemain après une mise à jour silencieuse. C’est exactement ce qui explique pourquoi une cartouche fonctionnelle trois semaines plus tôt finit par déclencher un message d’erreur sans qu’aucune manipulation suspecte n’ait eu lieu entre-temps.
Le timing qui fâche : une norme écologique fraîchement entrée en vigueur
Ce qui rend l’épisode 2026 particulièrement mal vu, c’est son calendrier. Une nouvelle norme EPEAT 2.0, en vigueur depuis décembre 2025, interdit précisément cette pratique aux fabricants qui veulent garder leur certification environnementale. Concrètement, EPEAT 2.0 est une certification écologique reconnue à l’international, un peu comme un label énergie pour l’électroménager, mais appliqué à l’électronique et qui prend désormais en compte la réparabilité et la liberté de choisir ses consommables. Bloquer des cartouches parfaitement fonctionnelles pour forcer l’achat de références plus chères entre frontalement en contradiction avec cet objectif de durabilité.
Le détail du timing achève de rendre la manœuvre difficile à défendre pour HP. HP a publié la version firmware 2602A/B, trente jours après l’entrée en force d’EPEAT 2.0. Un mois pile après l’entrée en vigueur d’une norme censée l’en dissuader, la marque a choisi de renforcer le blocage plutôt que de l’assouplir. De quoi nourrir un climat de méfiance déjà bien installé chez les acheteurs de consommables compatibles, sachant que sur l’OfficeJet Pro 7720, sorti en 2017, la mise à jour a activé Dynamic Security, le système maison qui désactive les cartouches non équipées de puces HP.
Pas la première fois : des procès et des millions de dollars déjà en jeu
Le plus étonnant dans cette histoire, c’est que HP a déjà payé pour des pratiques similaires, sans jamais y renoncer durablement. En 2020, la marque a payé 1,5 million de dollars pour régler un recours collectif américain accusant les mises à jour Dynamic Security d’agir comme un “malware” qui bridait les imprimantes HP, et a également versé des millions pour régler des procès similaires en Europe et en Australie. Un accord équivalent a été trouvé au Canada, où HP a accepté de ne pas réactiver Dynamic Security sur les imprimantes concernées et de payer jusqu’à 700 000 dollars canadiens, tout en niant avoir commis la moindre faute.
Plus récemment encore, un autre volet judiciaire s’est refermé sans grand changement pratique. Ce procès a été réglé en août 2024, mais approuvé par le juge seulement l’année suivante, avec des termes qui prévoyaient que HP ne reconnaîtrait aucune faute et ne dédommagerait pas les clients affectés par la mise à jour de 2020. La firme continue de payer ponctuellement pour éteindre les feux judiciaires, sans jamais abandonner le principe même du verrouillage logiciel. Un procès actuellement en cours vise d’ailleurs directement à faire interdire la pratique de manière définitive : le constructeur fait actuellement l’objet d’une action de groupe pour lui interdire légalement d’empêcher les clients de choisir leurs fournisseurs de consommables.
Que faire concrètement quand la cartouche est rejetée
Avant de jeter le lot de cartouches, un réflexe simple existe et fonctionne sur une partie du parc HP récent. La fonction incriminée se désactive parfois directement depuis les réglages de la machine, via son serveur web intégré accessible par l’adresse IP de l’imprimante, dans un menu généralement intitulé “Sécurité dynamique des cartouches” ou “Cartridge Policy”. Il suffit alors de basculer l’option sur désactivé pour retrouver l’usage des cartouches tierces, sans bricolage de puce ni risque particulier pour le matériel. Sur les modèles plus anciens en revanche, notamment ceux visés par le règlement judiciaire américain, HP propose officiellement un choix explicite de refuser la mise à jour Dynamic Security et de continuer à utiliser des cartouches tierces, une option qui mérite d’être vérifiée avant tout achat de consommables compatibles.
La vigilance reste de mise sur un point souvent négligé : couper les mises à jour automatiques du firmware limite fortement le risque de se retrouver bloqué du jour au lendemain sans avoir rien changé à ses habitudes d’impression. C’est un arbitrage à faire soi-même entre correctifs de sécurité légitimes et préservation de la liberté de choisir ses cartouches, sachant qu’un fabricant qui verrouille son matériel après la vente reste, pour l’instant, dans une zone grise que la justice n’a toujours pas totalement refermée.
Sources : generation-nt.com | distributique.com