J’avais installé un babyphone Wi-Fi sans toucher au mot de passe d’usine : quand j’ai entendu une voix d’inconnu parler à mon fils la nuit, il était trop tard

Une mère s’endort avec la certitude que son bébé est en sécurité. Elle se réveille au milieu de la nuit à cause de bruits étranges venant de la chambre. Elle ouvre la porte, et découvre qu’un inconnu est en train de “parler” à son enfant à travers le babyphone. Ce scénario, qui ressemble à un cauchemar tiré d’un film d’horreur, s’est produit à plusieurs reprises ces dernières années chez des familles qui n’avaient qu’un seul tort : ne jamais avoir changé le mot de passe d’usine de leur appareil connecté. Cela peut ressembler à une histoire d’horreur : les parents sont réveillés en pleine nuit par des bruits étranges provenant de la chambre d’enfant, ils ouvrent la porte et voient un étranger “parler” par le babyphone à leur bébé, et ces cas sont rares mais se produisent pourtant de temps à autre.

En Arkansas, une famille pensait justement avoir un mot de passe solide. Une famille de l’Arkansas pensait que son mot de passe était fort, jusqu’à ce qu’un inconnu s’introduise dans leur foyer et parle à leur bébé à travers un babyphone. La mère raconte avoir découvert la caméra en train de pivoter seule, pointée sur le lit de son fils, avant d’entendre une voix chuchoter et demander son prénom à l’enfant. “[La caméra] était dans le coin, pointée vers le lit”, la même nuit où elle a trouvé un inconnu en train de chuchoter à son fils, elle bougeait dans la pièce puis revenait sur lui, en disant “Quel est ton nom ?” Elle a débranché l’appareil sur-le-champ, avant de comprendre que le problème venait en réalité de leur routeur Wi-Fi. Elle a immédiatement débranché le moniteur, mais a appris plus tard que le problème venait de leur routeur Wi-Fi.

À retenir

  • Des étrangers peuvent accéder à votre babyphone en quelques clics s’il conserve ses paramètres d’usine
  • Les pirates ne vous ciblent pas personnellement : des robots balaient internet à la recherche de caméras mal configurées
  • Trois gestes simples d’installation auraient tout évité, mais les fabricants ne les imposent pas par défaut

Comment un simple babyphone devient une porte d’entrée pour un inconnu

Le mécanisme n’a rien de sorcier, ce qui rend l’histoire d’autant plus glaçante. Ce n’est même pas un piratage particulièrement brillant : en utilisant des programmes largement accessibles comme Shodan, n’importe qui peut scanner des adresses IP publiques et trouver des webcams accessibles depuis l’extérieur, car de nombreux fabricants utilisent des combinaisons identifiant/mot de passe par défaut comme “admin/admin” que les clients sont censés changer, ce qu’ils ne font pas toujours. il ne s’agit pas d’un hacker surdoué qui cible spécifiquement une famille : c’est un robot qui balaie internet à la recherche d’appareils encore réglés d’usine. Les familles n’ont pas besoin d’être ciblées spécifiquement : les pirates parcourent internet à la recherche de n’importe quelle caméra encore configurée avec les paramètres d’usine.

C’est exactement ce qui est arrivé à un couple américain, dont le babyphone Foscam avait trois ans et n’avait jamais reçu de mise à jour. Le fabricant a rappelé que la mise à jour du firmware est extrêmement importante, surtout si les appareils ont plus de six mois, précisant que dans le cas de cette caméra, il s’agissait d’un modèle vieux de trois ans qui avait besoin d’une mise à jour du firmware. Un rapport de la fondation Mozilla sur une autre marque de caméra connectée a d’ailleurs pointé un problème similaire, presque comique tant il est basique. Le rapport indiquait que la caméra avait un historique de piratages faciles, utilisait un mot de passe par défaut “123”, et n’avait pas de politique de confidentialité.

Le plus troublant, c’est que l’enfant est parfois le premier à alerter les parents, sans qu’ils ne comprennent tout de suite ce qui se passe. À Seattle, c’est une fillette de trois ans qui a signalé la présence d’une voix étrange dans sa chambre. Une famille de Seattle a fait une découverte terrifiante après que leur jeune fille leur a dit qu’elle entendait des voix venant de son babyphone, et ils ont fini par déterminer que quelqu’un avait piraté l’appareil pour parler à leur enfant. Dans un autre cas rapporté par les médias, un pirate a même réussi à prendre le contrôle du moteur de la caméra pour la faire pivoter à distance. Un pirate informatique a hacké le réseau Wi-Fi d’une famille américaine, et a pris le contrôle de la Caméra de surveillance installée dans la chambre du nourrisson, lui proférant des insanités à voix haute la nuit, à travers la baby cam.

Pourquoi les babyphones Wi-Fi sont plus vulnérables que les modèles à ondes radio

Tous les babyphones ne se valent pas côté sécurité, et c’est là que le choix technique compte autant que le mot de passe. Les modèles historiques, ceux qui transmettent le son via une fréquence radio dédiée sans passer par internet, restent nettement plus difficiles à intercepter à distance. Selon le type d’appareil, il existe deux façons de pirater un babyphone : les moniteurs de fréquence radio, pour lesquels celui qui écoute doit se trouver à portée du signal et connaître la fréquence utilisée, un type de communication cryptée qui rend ces modèles plus sûrs, bien qu’avec des fonctionnalités plus limitées. À l’inverse, les caméras Wi-Fi qui permettent de vérifier son bébé depuis son bureau ou en vacances ouvrent mécaniquement une brèche potentielle. Les moniteurs Wi-Fi sont plus exposés au piratage car ils se connectent au routeur domestique et souvent aussi à internet public, ce qui permet aux parents, où qu’ils soient, de visualiser le flux vidéo via une application mobile.

Le paradoxe, c’est que ce sont précisément les fonctionnalités les plus vendeuses (notifications sur smartphone, accès à distance, vision nocturne pilotable) qui créent le risque. Un marché qui pèsera 740 millions de dollars aux États-Unis d’ici 2033, porté par des appareils toujours plus connectés et toujours plus rarement sécurisés par défaut. Des chercheurs en cybersécurité de Bitdefender ont d’ailleurs qualifié la situation sans détour en 2024 : le piratage des babyphones connectés relève du “jeu d’enfant”. Le cadre réglementaire peine à suivre : aux États-Unis, la FTC a mis à jour les règles COPPA en 2025, mais l’application reste réactive, un jouet pouvant enfreindre la loi jusqu’à ce que quelqu’un s’en aperçoive, sans qu’il existe de contrôle préalable.

Les réflexes qui auraient tout changé

Face à ces intrusions, les recommandations reviennent toujours aux mêmes fondamentaux, répétés par les experts après chaque affaire médiatisée. Un policier consulté après l’incident de l’Arkansas résume l’essentiel en une phrase : “Gardez-le à jour, changez ces mots de passe et n’autorisez pas l’accès à distance.” Trois gestes qui prennent cinq minutes à l’installation, contre des semaines de traumatisme une fois l’intrusion découverte.

Concrètement, la liste de contrôle tient en quelques points simples, mais trop souvent ignorés au moment du déballage :

  • Changer immédiatement le mot de passe et l’identifiant d’usine, en évitant le prénom de l’enfant ou une suite de chiffres évidente
  • Utiliser un mot de passe différent de celui du réseau Wi-Fi domestique
  • Mettre à jour régulièrement le firmware de l’appareil et le logiciel du routeur
  • Désactiver l’accès à distance si l’appareil n’a pas besoin d’être consulté hors du domicile
  • Surveiller les appareils inconnus connectés au réseau Wi-Fi

Après leur mésaventure, la famille de l’Arkansas a définitivement tourné le dos à ces technologies. “Je veux le brûler”, a confié la mère, ajoutant qu’ils n’utiliseraient plus jamais ce genre d’appareil et qu’elle ne pouvait pas le revendre car elle ne pouvait faire confiance à personne. Une réaction extrême, mais qui illustre la perte de confiance durable que provoque ce type d’intrusion, bien au-delà du simple bug technique.

Un détail mérite d’être signalé pour clore ce tour d’horizon : toutes les alertes ne cachent pas forcément un pirate. Dans un cas resté célèbre en Ohio, la famille a vu la police confirmer qu’un inconnu parlait bel et bien à travers la caméra, mais un autre incident tout aussi médiatisé a connu un épilogue inattendu, l’enfant visée par les cris d’un inconnu ne les ayant en réalité jamais entendus, car elle était sourde et ses implants cochléaires étaient éteints ce soir-là. Une piqûre de rappel utile : la vulnérabilité de l’appareil, elle, reste bien réelle, que l’enfant ait entendu la voix ou non.

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