Un chargeur à induction posé sur la table de nuit, sans téléphone dessus, ne tourne jamais vraiment à vide. Il attend, en silence, prêt à détecter un smartphone qui pourrait se poser sur lui à tout moment. Et cette attente a un prix électrique, minuscule à l’instant T, mais qui s’accumule année après année sans qu’on y prête attention. C’est justement ce qu’un électricien a fini par démontrer avec un simple wattmètre branché entre la prise et le chargeur : une consommation fantôme, continue, jour et nuit, depuis des années.
À retenir
- Un chargeur à induction branché 24h/24 consomme l’équivalent de plusieurs semaines de réfrigérateur par an
- La recharge sans fil gaspille 47 % d’énergie en plus qu’un simple câble branché
- Multiplié par tous les appareils en veille, ce gaspillage invisible peut coûter jusqu’à 80 euros par foyer annuellement
Ce que consomme vraiment un chargeur à induction laissé branché
Les chiffres varient selon la qualité du matériel, mais l’ordre de grandeur reste constant. Selon le Lawrence Berkeley National Laboratory, un chargeur de téléphone portable branché « à vide » peut entraîner un appel de puissance moyen de 0,26 W. Pour les chargeurs à induction spécifiquement, les mesures de terrain convergent vers une valeur proche : 0,25 wattheure, soit la limite légale d’inefficacité en Europe fixée par la directive « EcoDesign », ce qui, multiplié par 365 jours et 24 heures, donne 2 190 Wh sur un an.
Deux virgules cinq watts qui dorment ne semblent rien. Mais l’étude d’iFixit citée par plusieurs médias tech a mesuré des écarts bien plus larges selon les modèles : avec le chargeur MagSafe d’Apple, la perte est plus élevée, 23,3 Wh consommés pour 12,7 Wh de batterie, soit 10 Wh de perdus, et le chargeur consomme 0,2 W à vide. Certains modèles font bien pire. Le cas le plus frappant reste celui du tapis de charge Tesla testé par iFixit : il consomme 1,4 W en permanence, ce qui peut être visible en fin d’année avec 12 kWh annuels. Douze kilowattheures pour ne recharger, au final, qu’un téléphone. C’est l’équivalent électrique de plusieurs semaines de fonctionnement d’un réfrigérateur, pour un objet censé se contenter de rester silencieux sur une table de nuit.
Le vrai calcul, celui qui se voit sur plusieurs années
À l’échelle d’un seul chargeur, le porte-monnaie ne tremble pas. Le coût associé à un chargeur branché « à vide » 3 heures par jour pendant un an est certes très limité pour les consommateurs, de l’ordre de quelques centimes d’euros en France. Mais l’électricien qui a fait cette démonstration ne parlait pas d’un usage isolé : il parlait d’un chargeur resté connecté en continu, jour et nuit, sur plusieurs années, sans jamais être débranché entre deux utilisations. Avec le prix du kWh au Tarif Bleu EDF à 0,1940 € en juillet 2026 pour l’option Base 6 kVA, les 2,19 kWh annuels d’un chargeur à induction en veille permanente représentent une poignée d’euros cumulés sur cinq ou dix ans. Peu, mais pas rien, surtout quand on multiplie ce chargeur par tous les autres appareils qui font pareil dans le logement.
C’est là que le calcul individuel devient collectif. Compte tenu du nombre croissant d’équipements électroniques, de 15 à 50 par foyer, la consommation de l’ensemble des veilles conventionnelles, incluant les chargeurs branchés, engendrerait un coût pouvant atteindre 80 euros par foyer par an selon l’Ademe. Un chargeur à induction oublié dans un coin de la chambre n’est donc jamais un cas isolé : il s’ajoute à la box internet qui tourne 24 heures sur 24, à la console en veille, au four avec son afficheur allumé. Le chargeur, à lui seul, ne fait pas exploser la facture. Mais il fait partie d’un cortège d’appareils qui, ensemble, grignotent discrètement le budget électrique du foyer.
Pourquoi la recharge sans fil gaspille plus que le câble
Le problème ne se limite pas à la veille. La charge sans fil elle-même est intrinsèquement moins efficace qu’une recharge filaire classique, à cause du principe physique employé. Avec la charge sans fil, la tension continue est transformée en tension alternative à haute fréquence, puis l’énergie est transmise par induction du chargeur au téléphone, avant d’être reconvertie en tension continue adaptée à la batterie. Chacune de ces étapes de conversion dissipe de l’énergie sous forme de chaleur, ce qui explique pourquoi un chargeur à induction chauffe légèrement même pendant une recharge normale.
Le résultat se mesure directement en wattheures perdus. Charger un téléphone de 0 à 100 % à l’aide d’un câble nécessite en moyenne 14,26 wattheures, contre 21,01 Wh avec un chargeur sans fil, soit un peu plus de 47 % de plus juste pour le confort de ne pas avoir un câble à brancher. Et l’alignement du téléphone sur le pavé de charge joue un rôle non négligeable dans cette efficacité, souvent sous-estimé par les utilisateurs.
Ce qu’on peut réellement changer, sans y penser en permanence
La bonne nouvelle, c’est que le geste correctif est le plus simple qui existe : débrancher le chargeur quand personne ne s’en sert, plutôt que de le laisser branché en permanence par habitude. Une multiprise avec interrupteur, placée près de la table de nuit, permet de couper l’alimentation d’un simple geste avant de dormir, sans avoir à ramper sous le lit pour tirer sur une fiche. Certains modèles récents de chargeurs, notamment ceux équipés de la norme Qi2, limitent aussi mieux la consommation à vide grâce à des systèmes d’aimants qui coupent plus franchement l’alimentation en l’absence d’appareil.
Reste une nuance qu’on oublie souvent : la consommation en veille ne se limite jamais à un seul objet. Elle se cache aussi dans le port USB toujours actif de la box internet, dans la veille des enceintes connectées, dans le chargeur d’ordinateur portable resté branché au mur sans l’ordinateur. Le chargeur à induction sur la table de nuit n’est qu’un symptôme visible d’une habitude beaucoup plus large, celle de laisser dormir des appareils qui, eux, ne dorment jamais vraiment.
Sources : fournisseurs-electricite.com | picbleu.fr