On s’obstine tous à poser nos clés keyless près de la porte d’entrée : cette habitude d’une seconde permet pourtant 70 % des vols de voitures sans effraction

Ranger sa clé keyless sur la console d’entrée, juste à côté de la porte. Un geste automatique, hérité de l’époque du gros trousseau qu’on posait là pour ne pas l’oublier. Mais aujourd’hui, ce même geste transforme votre porte d’entrée en antenne relais pour voleurs. Le mécanisme s’appelle le relay attack, ou “vol par relais” : deux malfaiteurs équipés d’un simple boîtier électronique se postent l’un près de votre façade, l’autre à côté du véhicule, et font croire à la voiture que la clé se trouve juste à côté d’elle. L’un capte l’onde de votre clé restée près de l’entrée de votre domicile, l’autre la retransmet à la voiture garée dans la rue. La voiture « croit » que la clé est à proximité : elle se déverrouille et démarre. Le tout en moins de 30 secondes, sans la moindre trace d’effraction.

À retenir

  • 94 % des vols de voitures modernes se font désormais sans toucher à une seule serrure
  • Placer sa clé keyless à proximité d’une fenêtre ou d’une porte crée une vulnérabilité exploitable à distance
  • Une simple pochette métallisée coûte quelques euros et neutralise complètement cette menace

Un vol sur deux se fait aujourd’hui sans toucher une seule serrure

Les chiffres donnent le vertige. Selon le baromètre annuel Argos publié par France Assureurs, 44 104 voitures ont été volées en 2025, contre 47 144 en 2024 et 44 718 en 2023. Un léger recul, certes, mais qui masque une bascule technologique totale dans les méthodes employées. Selon l’association 40 millions d’automobilistes, 94 % des vols seraient désormais réalisés à l’aide de procédés électroniques, permettant de s’introduire dans le système du véhicule sans forcer quoi que ce soit. D’autres estimations, plus prudentes, évoquent plutôt deux vols sur trois liés à ce type de procédé, mais toutes s’accordent sur un point : le pied-de-biche a cédé la place à l’ordinateur portable.

Le rythme, lui, ne faiblit pas. Soit 1 véhicule dérobé toutes les 4 minutes en France. Et derrière cette statistique brute, une réalité concrète : les voleurs ont troqué leur pied de biche pour des brouilleurs d’ondes et un ordinateur qui leur permettent d’ouvrir puis de dérober les véhicules sans trace d’effraction visible, sinon par un expert doté du matériel adéquat. C’est bien ça, le piège du keyless : la commodité qui a fait vendre le système aux constructeurs est exactement la faille que les voleurs exploitent. Plus besoin de crocheter une serrure quand la clé elle-même bavarde en permanence avec la voiture, à quelques mètres près.

Techniquement, le principe repose sur une caractéristique volontaire du système mains-libres. Votre clé mains-libres émet en permanence un signal radio de courte portée. C’est ce qui permet d’ouvrir la portière d’une simple pression sur la poignée, sans sortir la clé de la poche. Mais ce même signal, capté et amplifié par un boîtier vendu quelques dizaines d’euros sur des sites peu regardants, devient une porte d’entrée grande ouverte. La technique porte plusieurs noms selon les cas, mouse jacking pour désigner l’ensemble des piratages électroniques, relay attack pour la variante spécifique qui rejoue le signal à distance, mais le résultat est identique : une voiture qui démarre sans que son propriétaire ait rien fait de mal, si ce n’est laisser sa clé trop près d’une fenêtre.

Les SUV et citadines récentes, cibles privilégiées

Tous les véhicules ne sont pas logés à la même enseigne face à ce risque. Tous les véhicules ne sont pas égaux face au mouse jacking : les SUV, les citadines récentes et les voitures haut de gamme sont les plus ciblés, des modèles souvent équipés de systèmes keyless pratiques mais vulnérables. Une logique presque mécanique : plus un modèle est diffusé, plus il suscite la convoitise des voleurs, qui privilégient les véhicules faciles à écouler ensuite, en pièces détachées ou à l’export. Certaines zones urbaines et périurbaines concentrent également une part disproportionnée de ces vols, ce qui pousse les compagnies d’assurance à ajuster leurs tarifs en fonction du code postal autant que du modèle de voiture.

Ce qui frappe les enquêteurs, c’est aussi la vitesse d’exécution de ces réseaux. Une équipe rodée peut repérer un véhicule, capter le signal de la clé à l’intérieur du domicile, et faire démarrer la voiture en un temps record, souvent en quelques minutes à peine, sans qu’aucun voisin ne remarque quoi que ce soit d’anormal. Contrairement au vol traditionnel, il n’y a ni bris de vitre bruyant, ni alarme qui se déclenche : la voiture s’ouvre et démarre exactement comme si son propriétaire légitime était au volant.

La parade tient dans une simple pochette métallisée

Face à cette menace, la solution la plus efficace reste étonnamment low-tech. Des voleurs peuvent capter ce signal depuis votre entrée, l’amplifier et le relayer jusqu’au véhicule : c’est l’attaque par relais, une méthode de vol sans effraction ni trace. Une pochette Faraday enferme la clé dans un blindage métallique qui bloque toute émission RFID et rend cette manœuvre impossible. Le principe physique est celui de la cage de Faraday, découverte au XIXe siècle : une enveloppe métallique qui empêche les ondes électromagnétiques de traverser. Placée dans un tel étui, la clé devient muette, aucun signal à capter, donc aucun relais possible.

Encore faut-il choisir un produit qui fonctionne réellement. Oui, à condition que le blindage soit complet et la fermeture bien refermée. Un modèle à double doublure et à rabat couvrant offre la meilleure garantie. Un détail qui a son importance : une pochette mal fermée ou dont le tissu blindé s’est usé avec le temps ne protège plus rien du tout. La protection n’est réelle que si la clé est bien refermée à l’intérieur à chaque fois, et le boîtier ne protège évidemment pas contre les autres types de vol. Autre option, plus radicale mais parfois négligée : de nombreux véhicules récents permettent carrément de désactiver la fonction mains-libres quand la clé ne bouge pas. Sur de nombreux modèles récents, il est tout à fait possible de désactiver temporairement ou définitivement le système Keyless, une manipulation qui peut souvent se faire via les paramètres de sécurité de l’ordinateur de bord. Une fonction méconnue, cachée dans les menus du véhicule, mais qui coupe le problème à la racine sans dépenser un centime en accessoire.

Reste un dernier réflexe, gratuit celui-là : déplacer sa clé loin des murs extérieurs. Il faut impérativement éloigner vos clés des fenêtres, des portes et des murs extérieurs de votre domicile. Un tiroir de cuisine, au centre de la maison, réduit déjà la portée exploitable par les amplificateurs de signal. Les assureurs, de leur côté, commencent à documenter précisément ces sinistres électroniques, ce qui change aussi la manière dont un dossier d’indemnisation est instruit : sans trace d’effraction physique, c’est souvent l’état des clés d’origine, remises intactes à l’expert, qui devient la pièce à conviction centrale du dossier.

Leave a Comment