Trois chargeurs et une box branchés en permanence tout l’été. Rien de dramatique, a priori. Pas de veille active, pas d’appareil allumé pour rien, juste des câbles dans des prises, comme dans 24 millions de foyers français. Puis vient ce moment où, par curiosité ou par hasard, on ouvre l’application liée à sa prise connectée. Et là, les chiffres s’affichent. Pas effrayants. Pas négligeables non plus. Suffisamment précis pour comprendre ce qu’on finance sans le savoir, heure après heure, depuis des mois.
À retenir
- Une box internet allumée sans être utilisée consomme presque autant que lorsqu’on regarde une série en 4K
- Les anciens modèles de box peuvent coûter cinq fois plus cher en énergie que les récents
- Dix chargeurs branchés en permanence représentent plus de 6 euros par an, mais le vrai problème c’est l’effet cumulatif
Ce que la box consomme quand vous ne l’utilisez pas (spoiler : presque autant)
C’est là que la révélation est la plus frappante. Selon l’ARCEP, qui a mené une enquête sur 36 modèles de box commercialisés entre 2006 et 2024, une box internet consomme en moyenne 9,1 watts lorsqu’elle reste allumée sans être utilisée, Wi-Fi actif mais aucun appareil connecté. Cette consommation de fond représente 90 % exactement de l’énergie avalée par nos boîtiers. : que vous regardiez une série en 4K ou que vous dormiez depuis huit heures, votre box tire pratiquement la même puissance sur le réseau électrique.
Traduit en euros annuels, la consommation d’une box internet est en moyenne de 92 kWh/an, et selon l’ADEME, elle peut osciller entre 150 et 300 kWh/an si l’on intègre box et décodeur TV, soit autant qu’un réfrigérateur. Un décodeur TV seul consomme environ 87 kWh par an ; ensemble, ces deux équipements peuvent atteindre 184 kWh/an, soit presque quatre fois la consommation d’une machine à laver de 7 kg. Votre combo box + décodeur coûte donc plus cher à faire tourner en veille que votre lave-linge en pleine action.
Les écarts entre modèles sont vertigineux : de 0,2 watt pour le plus économe à 15,4 watts pour le plus gourmand, soit un facteur multiplicateur de 80. Les anciens modèles commercialisés avant 2020 consomment 6,5 watts en veille, contre 2,9 watts pour leurs homologues récents. Si vous avez hérité d’un vieux décodeur de votre opérateur sans jamais le renouveler, il mange peut-être cinq fois plus que ce que vous imaginez.
Les chargeurs : coupables commodes, mais pas innocents
Sur ce point, la réalité est plus nuancée. Chaque chargeur consomme en moyenne 0,3 watt en veille. Contrairement à une croyance répandue, un chargeur branché “à vide” n’est pas totalement inerte : il continue de consommer de l’énergie à cause du transformateur présent dans le chargeur qui continue de fonctionner. Trois chargeurs laissés en permanence, c’est donc environ 0,9 watt en continu, modeste, mais permanent.
Les études de l’ADEME révèlent que la consommation peut aller de 0,26 à 2,2 watts selon la marque, le modèle et la qualité du produit. En prenant l’exemple d’un foyer avec 6 chargeurs laissés branchés en permanence, à raison de 0,3 watt en veille chacun, la consommation totale annuelle s’établit à 15,768 kWh par an, soit environ 3,19 euros au tarif réglementé. Pris seuls, les chargeurs ne ruinent pas. Mais l’addition se creuse quand on les multiplie : avec 10 chargeurs à 0,3 W chacun branchés en permanence, on arrive à 26,28 kWh par an, soit environ 6,60 euros au tarif réglementé 2026 de 0,2516 €/kWh.
Le vrai problème, c’est l’effet cumulatif. Si chaque appareil électronique, tablette, smartphone, montre connectée, casque audio, garde son chargeur à demeure dans la prise, la note grimpe plus rapidement qu’on ne l’imagine. Au fil des pièces, ce sont souvent cinq, dix, voire quinze chargeurs qui cohabitent discrètement, chaque prise contribuant à la consommation fantôme du foyer. Et les anciens chargeurs des années 2010, ceux qu’on garde “au cas où”, sont les pires : si votre multiprise héberge des modèles hérités de cette période, la consommation fantôme grimpe bien au-delà des 0,3 W théoriques.
Ce que la prise connectée change vraiment
L’intérêt de brancher sa box sur une prise connectée avec mesure de consommation, c’est précisément de sortir de l’estimation pour entrer dans le fait. Certaines prises connectées permettent de mesurer la consommation électrique heure par heure, sur la journée, sur la semaine, et d’indiquer d’éventuels pics de consommation. Pour cela, elles mesurent le courant absorbé par l’appareil, qu’il soit en veille ou non, et vous accédez à ces informations sur votre application mobile. C’est la différence entre savoir vaguement que votre voiture consomme “environ 7 litres aux 100” et lire le compte exact sur l’afficheur bord à chaque trajet.
En fonction des modèles, la consommation peut être affichée en kWh ou directement en euros, offrant une visibilité immédiate sur les dépenses énergétiques. Ce suivi est accessible depuis une application mobile, permettant à l’utilisateur d’adapter ses habitudes pour réduire les coûts. Mieux encore : une fois le diagnostic posé, la même prise devient l’outil de correction. Comme elle se contrôle via une application, vous pouvez allumer et éteindre rapidement les appareils à distance, quel que soit l’endroit où vous vous trouvez. Partir en vacances deux semaines et couper la box depuis son téléphone, à 800 kilomètres, est devenu un geste de quelques secondes.
Les gestes concrets qui suivent ce diagnostic sont simples et efficaces. La coupure nocturne du signal Wi-Fi réduit à elle seule la consommation de près de 19 %. Combinée à l’usage d’une multiprise à interrupteur, cette pratique permet aux ménages les plus vigilants de diviser par dix leur consommation d’électricité liée aux équipements de télécommunication. Et si votre box dispose d’un mode veille profonde, l’activation du mode veille peut diminuer la consommation énergétique d’une box de 25 à 30 %, selon les modèles. La plupart des anciens décodeurs disposent pourtant d’un tel mode, mais il demeure désactivé par défaut et enfoui dans des menus que peu d’utilisateurs explorent.
La facture invisible, à l’échelle d’un pays
Les appareils en veille représentent 10 à 15 % de la facture selon l’ADEME. Pour un foyer moyen consommant 5 700 kWh/an, cela représente 111 à 166 euros par an de gaspillage. Ce n’est plus anecdotique. C’est un poste budgétaire à part entière, aussi réel que l’abonnement lui-même, mais entièrement invisible sans outil de mesure.
En 2024, les box internet et décodeurs TV français ont consommé 3,4 térawattheures, soit 0,7 % de la consommation électrique nationale, un chiffre qui représente cinq fois la consommation totale des réseaux d’accès fixes du pays. Nos équipements à la maison consomment donc davantage que l’infrastructure entière qui les alimente en connexion. La réglementation européenne rattrape progressivement ce retard : le règlement 2023/826, entré en vigueur en mai 2025, plafonne désormais la veille réseau des équipements à 8 watts, un seuil qui sera abaissé à 7 watts en mai 2027. Les constructeurs suivent, mais le parc installé vieillit lentement, et personne ne change de décodeur pour économiser 12 euros par an. La prise connectée, elle, offre une réponse immédiate sans attendre le prochain cycle réglementaire, et sans changer d’opérateur.
Source : sciencepost.fr