Ce boîtier à 30 € clipsé sur votre téléphone fait ce qu’aucun piège à frelons n’a jamais réussi

Le frelon asiatique a colonisé la quasi-totalité du territoire français en moins de vingt ans, et tous les pièges classiques n’ont jamais réussi à stopper la machine. Un ingénieur toulousain a eu une idée radicalement différente : plutôt que d’attendre les frelons, il les équipe d’une micro-balise radio et les laisse guider tout seuls jusqu’à leur nid. Le boîtier qui clippe sur le téléphone ? Une clé SDR à une trentaine d’euros. Et ça marche.

À retenir

  • Un système de traçage par micro-balise radio révolutionne la chasse aux nids de frelons asiatiques
  • La technologie coûte moins de 300 euros pour une structure locale, contre des milliers pour les méthodes conventionnelles
  • Les premières expériences ont permis de localiser 3 nids majeurs en quelques heures, une prouesse que les pièges classiques n’avaient jamais réalisée

Un fléau qui coûte 12 millions d’euros par an

Détecté en France en 2004 en Lot-et-Garonne, le frelon asiatique à pattes jaunes a colonisé tout le territoire en moins de vingt ans. Responsable de 20 % de la mortalité des abeilles domestiques, il cause des pertes directes estimées à 12 millions d’euros par an pour la filière apicole. D’après l’Union nationale de l’apiculture française, 94 % des apiculteurs subissent désormais une pression continue de ce prédateur.

Un seul nid peut dévorer en moyenne 11,32 kg d’insectes par saison, entraînant un déclin marqué des populations d’abeilles domestiques et d’insectes auxiliaires. Pour situer l’ampleur du désastre : les plateformes de signalement et les collectivités ont recensé environ 13 000 à 15 000 nids déclarés par an en 2024 et 2025, avec des augmentations locales parfois supérieures à 20 % selon les départements. Et encore, les retours d’experts et d’acteurs de terrain convergent vers un constat clair : seuls 5 à 10 % des nids existants sont signalés.

Pour lutter contre le frelon asiatique, certains apiculteurs se sont évertués à créer des pièges à frelons, dont l’efficacité est loin de répondre aux attentes. Le problème des pièges classiques est structurel : ils capturent des individus, mais jamais la colonie. Tant que le nid reste actif, la pression continue. C’est exactement cette logique que Florent Coletta, ancien ingénieur aéronautique reconverti en traqueur de frelons, a décidé de renverser.

Transformer le frelon en GPS de lui-même

Avec son système LOCNEST, l’ingénieur toulousain Florent Coletta colle une micro-balise radio d’environ 0,12 g, soit le poids d’une abeille, sur un frelon asiatique, puis suit le signal grâce à une application sur smartphone. Après vérification, il est apparu que personne dans le monde n’avait encore eu cette idée, pourtant simple à première vue.

La mécanique opératoire est redoutablement épurée. On capture un frelon qui fait des allers-retours réguliers sur un appât, on lui colle une micro-balise radio sur le thorax, on le relâche, puis on suit le signal radio avec l’application SDR Pro Track connectée à une clé SDR. En suivant la direction où le signal est le plus fort, on finit par localiser le nid. La clé SDR, ce petit boîtier USB qui se clippe sur le téléphone et convertit les signaux radio en données numériques, est le composant abordable qui rend le tout accessible : pour son prix, elle offre une qualité exceptionnelle en termes de sensibilité, de stabilité et de durabilité.

La charge de la micro-balise équivaut à peu près au poids d’une abeille. Après quelques dizaines de minutes, le frelon reprend un comportement normal, ce qui en fait un guide parfaitement fiable vers son nid. La puce dispose d’une portée de 1 200 m et d’un poids de 0,13 g, avec une émission pendant environ 3 à 4 heures. 2025 a marqué une grande avancée avec une portée portée à 3 000 m pour le traceur.

Ce que la méthode révèle en pratique redessine aussi la carte mentale qu’on avait des frelons. Les premières chasses radio montrent des nids à 1 à 1,5 km des ruchers, parfois jusqu’à près de 2 km, et certains nids très proches, à 50 m, sans impact notable sur un rucher donné. On peut très bien détruire un nid de frelons à 50 mètres, puis enchaîner sur le suivant à 100 mètres avant de se rendre compte que le “vrai” était à 600 mètres de là. Un supplice de Sisyphe que Locnest interrompt.

Ce que les pièges classiques ne feront jamais

Trouver un nid de frelon asiatique peut vite ressembler à une chasse au trésor : le nid est parfois haut perché, caché dans un bois, une haie, une toiture ou un bâtiment. Tant que le nid reste actif, la pression peut continuer. Les pièges conventionnels, eux, restent passifs : ils filtrent quelques individus, mais n’agissent jamais à la source. Pire, certaines ONG mettent en garde contre le piégeage et les insecticides, des méthodes peu efficaces et dangereuses, tant pour l’homme que pour les autres insectes inoffensifs.

La méthode IA portée par des systèmes comme VespAI, développée par des chercheurs de l’université d’Exeter, apporte une autre brique complémentaire. Lorsqu’un insecte pénètre dans le piège, un capteur déclenche une photo ; l’image est analysée par un algorithme de deep learning capable de différencier le frelon asiatique des autres insectes. Si l’IA identifie un frelon asiatique, un servomoteur redirige l’insecte vers une chambre mortelle, tandis que les abeilles et autres espèces sont épargnées. Mais ces dispositifs restent statiques : ils ne trouvent pas les nids.

Locnest fait exactement l’inverse : il mobilise, il traque, il résout. Le résultat : localisation rapide et fiable des nids, baisse immédiate de la prédation sur les ruchers, et réduction du nombre de futures fondatrices pour la saison suivante. Avec 15 puces, Florent Coletta est arrivé à débusquer 3 nids de frelons asiatiques : un exploit notable, surtout si l’on sait qu’un nid abrite près de 2 000 insectes, dont de nombreuses fondatrices qui, la saison suivante, seraient amenées à créer leurs propres nids.

Des limites réelles, mais un cap clair

Florent Coletta a conçu LOCNEST d’abord pour le terrain, pas pour des laboratoires disposant de budgets illimités : choix de briques technologiques existantes (smartphone, clé SDR), volonté de maintenir un coût contenu, accessible à des structures locales, priorité à la robustesse et à la simplicité d’usage. Le coût est d’environ 60 euros par balise (réutilisable) et de moins de 300 euros pour le kit antenne. Pas donné pour un particulier, mais raisonnable pour un syndicat apicole ou une collectivité locale.

Reste une contrainte de taille : la fenêtre d’action. L’enjeu est de localiser le nid en moins de trois heures, durée de vie de l’émetteur. En zone urbaine dense, les bâtiments peuvent aussi perturber le signal. La détection d’un nid a duré 1 heure 30 minutes au total lors d’une démonstration, ce qui reste un délai opérationnel très acceptable, à condition de maîtriser le protocole.

Du côté institutionnel, le 27 mars 2026, à Remiremont dans les Vosges, le gouvernement a présenté un plan national contre le frelon asiatique, ce prédateur venu d’Asie qui menace les abeilles françaises depuis plus de vingt ans. Doté de 3 millions d’euros par an, ce plan assure des ressources pérennes pour soutenir les actions sur le terrain. Rapportés aux 12 millions d’euros de dégâts annuels estimés, les 3 millions d’euros débloqués restent d’un ordre de grandeur inférieur aux préjudices subis. Le signal politique est là, mais l’écart entre ambition et moyens reste criant.

La vraie révolution de Locnest, au fond, ce n’est pas seulement technique : chaque utilisateur peut capter le signal, et toutes les détections sont automatiquement partagées sur la carte en temps réel. Plus il y a d’utilisateurs, plus les chances de repérer rapidement le frelon et donc son nid augmentent. Un modèle collaboratif qui transforme chaque apiculteur équipé en nœud d’un réseau de surveillance, au moment précis où l’État met enfin du poids dans la balance. C’est probablement là que se joue la suite.

Leave a Comment