Votre document était urgent. Contrat de location, dossier médical, formulaire à rendre en mairie, peu importe. L’imprimante affiche une erreur. Les cartouches semblent pleines. Et pourtant, plus rien ne sort. Bienvenue dans la réalité d’HP Instant Ink après résiliation.
Ce scénario n’est pas un dysfonctionnement. La FAQ officielle de HP est limpide sur ce point : “Si vous annulez le Service, même si les cartouches Instant Ink fournies avec votre abonnement ne sont pas vides, elles arrêteront de fonctionner dans votre imprimante et vous devrez toutes les remplacer avec des cartouches standard.” la cartouche que vous regardez afficher “60% restants” est, techniquement, un presse-papier. Et ce n’est pas un bug, c’est prévu.
À retenir
- Les cartouches Instant Ink restent la propriété de HP et peuvent être désactivées à distance après résiliation
- HP a augmenté ses tarifs trois fois en trois ans, sans engagement contractuel mais avec une dépendance technique totale
- Des alternatives comme les imprimantes à réservoir d’encre coûtent moins de 0,01 € par page, sans abonnement ni clause de blocage
Un abonnement à l’encre, pas à une cartouche
HP Instant Ink est basé sur le nombre de pages imprimées, et non sur les cartouches. Vous choisissez votre forfait en fonction du nombre de pages que vous souhaitez imprimer chaque mois. C’est toute la subtilité du modèle, et c’est là où beaucoup se font piéger. On croit acheter de l’encre. On loue en réalité un droit à imprimer.
Les cartouches fournies dans le cadre d’Instant Ink restent la propriété de HP. Vous ne les achetez pas, vous les louez. Si vous résiliez votre abonnement ou si vous dépassez votre quota mensuel, HP peut les bloquer à distance. Votre imprimante affiche alors un message d’erreur et refuse d’imprimer, même si les cartouches contiennent encore de l’encre. Mais la plupart des utilisateurs ne découvrent ce détail qu’au moment de la résiliation, quand leur imprimante devient un presse-papier de 80 euros.
La mécanique est simple à comprendre une fois expliquée : pour que HP soit capable de savoir quand les cartouches sont vides, l’imprimante doit être connectée à internet. Et cela implique également que le constructeur a le contrôle du matériel à distance. Ce même canal qui permet la livraison automatique permet aussi la désactivation à distance. Deux faces d’une même prise en main.
Des tarifs qui ont augmenté trois fois en trois ans
La désactivation des cartouches n’est pas le seul grief qui alimente la défiance. La première hausse de tarifs date de 2022, avec des augmentations allant jusqu’à 50% sur certains forfaits. La deuxième est arrivée en janvier 2024 : le forfait 10 pages est passé de 0,99 à 1,49 euro, et le forfait 100 pages de 5,99 à 6,99 euros. Puis les nouveaux tarifs sont entrés en vigueur le 1er juin 2025 : l’abonnement le moins cher est passé de 1,49 € à 1,79 € par mois. L’abonnement populaire de 100 pages est passé de 6,99 € à 7,99 € par mois, soit une augmentation de 14%, alors que le nombre d’impressions reste le même.
Les utilisateurs qui ont souscrit pour “faire des économies” ont donc vu leur facture grimper régulièrement sans jamais avoir été engagés formellement. Sans durée minimale contractuelle, certes, mais avec une dépendance technique totale. Bien que sans durée minimale, ces services créent une forme de dépendance. C’est le verrouillage sans le contrat.
Sur Trustpilot, le service récolte une note de 1,8 sur 5 avec plus de 21 000 avis, et cette histoire de cartouches bloquées revient dans presque chaque commentaire négatif. L’argument de HP, l’information est bien dans la FAQ et dans les conditions générales — est techniquement exact. Mais lire attentivement une FAQ avant de souscrire à ce qui ressemble à un service de confort n’est pas le réflexe naturel de la majorité des utilisateurs.
Ce qu’il faut faire avant (et après) la résiliation
Les cartouches Instant Ink cessent de fonctionner après la fin du cycle de facturation au cours duquel vous avez résilié. Il faut donc prévoir des cartouches standard de remplacement si vous voulez continuer à imprimer sans interruption. Le timing compte. L’arrêt n’est pas immédiat : si vous annulez au milieu du mois, l’abonnement continue jusqu’à la date de renouvellement suivante déjà couverte. Profitez de ce délai pour vous réapprovisionner en cartouches classiques : HP standard, compatibles ou remanufacturées selon votre modèle.
Les pages inutilisées ne sont pas remboursées ni transférées. Si vous avez un report de pages, elles seront perdues après la fin de l’abonnement. Aucune compensation possible. Une annulation sans capture d’écran ni e-mail de confirmation est difficile à défendre ensuite. Prenez toujours une preuve datée de la demande, même si tout semble s’être bien passé. Et si un prélèvement inattendu apparaît après la coupure, il ne suffit pas de dire “j’ai été facturé à tort” : il faut le montant, la date, la preuve de résiliation et, si possible, la facture finale.
Après la fin de votre abonnement, il faut passer à des cartouches HP standard ou compatibles pour continuer à imprimer. Mais attention : si vous avez un abonnement actif, les cartouches compatibles ne fonctionneront vraisemblablement plus sur l’imprimante. De plus, les mises à jour logicielles effectuées par HP peuvent bloquer les cartouches de marque propre. La Dynamic Security de HP, le système d’authentification des cartouches par puce, peut compliquer l’après-abonnement si votre modèle est récent.
L’alternative qui rend tout ça obsolète
La vraie question n’est pas “comment bien résilier Instant Ink”, mais “pourquoi s’y engager en premier lieu quand il existe d’autres voies”. Si vous optez pour une imprimante à réservoir d’encre, le coût par page passe sous les 0,01 euro. Ce n’est pas le même monde que l’abonnement à 7,99 €/mois pour 100 pages.
Les trois grandes marques spécialisées dans l’impression jet d’encre (Epson, Canon et HP) ont chacune développé une gamme spécifique d’imprimantes sans cartouches, avec Epson EcoTank comme leader sur ce marché. Avec quatre bidons d’encre vendus environ 10 € pièce, on peut imprimer 4 500 pages en couleur et 6 000 pages en noir et blanc. Pas de Wi-Fi obligatoire pour valider le droit d’imprimer, pas de clause de désactivation à distance, pas de mises à jour surprises qui rendent les consommables inutilisables.
Le modèle économique de l’impression grand public est en train de se scinder en deux camps : ceux qui ont accepté le SaaS de l’encre avec toutes ses contraintes, et ceux qui ont choisi de reprendre la main sur leur matériel. Un dirigeant de HP s’est même vanté que son modèle d’abonnement “verrouille” les clients, permettant d’augmenter la valeur des clients de 20 % en les fidélisant dans des relations à plus long terme. La transparence, au moins, est totale côté constructeur. À vous de décider si ce verrouillage vaut le confort promis.
Sources : hardware.developpez.com | clubic.com