C’est la fin des cartes SIM à l’aéroport : cette compagnie offre l’internet dès l’atterrissage

Deux jours d’internet gratuit. Dès l’atterrissage. Sans toucher à sa carte SIM. Le partenariat annoncé ce 4 mai 2026 entre Transavia France et la start-up française Kolet, spécialiste de l’eSIM pour voyageurs, résume mieux qu’un long discours où en est la connectivité mobile en 2026 : elle n’est plus un service premium, elle devient un prérequis du voyage aérien, au même titre que l’embarquement ou la récupération des bagages.

À retenir

  • Pourquoi les aéroports pourraient bientôt disparaître des recherches Google « carte SIM »
  • Comment une start-up française s’impose face à des géants comme Airalo en changeant la règle du jeu
  • Le chiffre qui révèle pourquoi cette innovation n’est pas qu’un gadget marketing

Une carte SIM sans carte, activée avant le décollage

Derrière l’annonce se cache une technologie que beaucoup ont déjà dans la poche sans le savoir. L’eSIM est une carte SIM virtuelle déjà intégrée dans votre téléphone, qui permet de naviguer sur Internet à l’étranger et de rester connecté pendant les voyages. Pas de kiosque à trouver à l’aéroport, pas de nano-carte à insérer en espérant ne pas perdre l’ejector SIM dans les profondeurs d’un sac de voyage. Grâce à l’eSIM, les clients conservent leur numéro de téléphone tout en utilisant les données mobiles de la eSIM Kolet, une configuration qui s’effectue facilement depuis les réglages de leur appareil.

Fondée en 2024 par quatre entrepreneurs, Eduardo Ronzano, Anne-Carole Cöen, Jérémy Gotteland et Mehdi Chraibi, Kolet s’est imposée comme un acteur émergent du marché eSIM. Sa stratégie n’est pas de se battre sur les comparateurs de prix contre des acteurs comme Airalo ou Holafly, mais de s’intégrer directement dans le parcours de voyage. Kolet s’est en effet positionnée dès le départ sur une distribution via des partenaires de l’industrie du voyage, en leur proposant de mentionner l’offre Kolet dans les emails de confirmation ou de pré-départ, avec un essai gratuit de 1 Go pour les deux premiers jours. Le raisonnement est simple : vous pensez à votre connectivité quand vous réservez votre vol, pas en cherchant une appli eSIM depuis Google à l’hôtel.

Le modèle économique repose sur un taux de conversion qui donne confiance : l’offre d’essai d’1 Go gratuite permet aux voyageurs de tester le service sans risque, et plus de 60% d’entre eux continuent sur une offre payante, ce qui témoigne d’une satisfaction réelle, pas d’un simple coup marketing. Les forfaits payants démarrent à partir de 3,99 € pour 1 Go, avec un prix au Go dégressif jusqu’à 1,90 €/Go pour 10 Go, sous forme de forfait prépayé valable 30 jours sans relance automatique.

Transavia dans la continuité d’une stratégie déjà rodée

Pour Kolet, Transavia n’est pas le premier partenaire aérien : neuf mois après son lancement, la startup avait déjà été sélectionnée par Air France, KLM et Flying Blue pour proposer ses eSIM à leurs 100 millions de passagers. Le partenariat avec Transavia France suit la même architecture. Les passagers bénéficient de 2 jours d’internet gratuit (jusqu’à 1 Go) dès leur arrivée à destination, avec l’offre intégrée directement dans les étapes clés du parcours client : site web, emails de confirmation, application mobile et espace co-brandé Transavia x Kolet.

Kolet - Photo officielle

La mécanique de fidélité Flying Blue s’applique ici aussi. Pour chaque euro dépensé pour acheter un forfait prépayé Kolet, les membres Flying Blue gagnent 10 Miles. Une intégration qui n’est pas anodine : payer sa data en Miles ou accumuler des Miles en restant connecté, c’est transformer la connectivité mobile en brique à part entière du programme de fidélité d’un groupe aérien. En mars 2026, Kolet avait d’ailleurs franchi une nouvelle étape en enrichissant son application avec une fonctionnalité d’appels internationaux, permettant aux utilisateurs d’appeler à l’étranger directement depuis l’app via une connexion internet. Les tarifs démarrent par exemple à 3 centimes par minute pour appeler les États-Unis depuis la France, un écart vertigineux face aux tarifs classiques du roaming hors Union Européenne.

Avec 500 000 utilisateurs et une note de 4,9/5 sur les stores, Kolet séduit aussi des acteurs comme Air France-KLM, Singapore Airlines et AXA, qui proposent l’application à leurs clients. Pour financer sa croissance, la start-up a levé 5 millions d’euros auprès de Daphni et 9900 Capital dès mars 2024.

L’eSIM s’impose, le marché explose

Ce partenariat s’inscrit dans une dynamique de fond qui dépasse largement le cas Kolet. Le marché mondial de l’eSIM était valorisé à 1,76 milliard de dollars en 2025 et devrait progresser à un taux de croissance annuel de 17,3% pour atteindre 7,62 milliards de dollars d’ici 2034. Le segment voyage, lui, suit sa propre courbe : 65% des voyageurs déclarent désormais préférer l’eSIM aux cartes SIM physiques, un renversement massif en quelques années. Selon l’ETSI, 65% des nouveaux smartphones lancés en 2024 supportaient déjà la technologie eSIM, ce qui rend la base d’utilisateurs potentiels très large.

Kolet - Photo officielle

Sur le segment voyage spécifiquement, la concurrence est vive. Airalo, fondée en 2019, s’est imposée comme l’une des références mondiales du secteur avec plus de 20 millions d’utilisateurs et une couverture dans plus de 200 destinations. Sa particularité réside dans son option Discover+, qui permet à l’utilisateur de disposer d’un numéro de téléphone temporaire local pour recevoir appels et SMS dans 137 pays. Holafly, de son côté, se distingue en incluant des données illimitées dans tous ses forfaits, là où Airalo propose un mix d’options à volume fixe et illimité. Kolet joue une autre carte : celle de l’ancrage dans le parcours des compagnies aériennes, là où ses concurrents restent sur un modèle d’acquisition directe via app ou comparateurs. Une approche B2B2C plus difficile à répliquer, mais aussi plus défendable.

Un chiffre donne la mesure de l’enjeu comportemental : pour beaucoup de voyageurs, activer le mode avion reste le premier réflexe à l’arrivée dans un pays étranger, par peur de la facture roaming. C’est exactement ce réflexe que Kolet veut éliminer. Sa particularité sur le marché tient aussi dans la possibilité de reporter les données non consommées si l’utilisateur recharge avant la fin de validité, un modèle “à la carte” qui évite le gaspillage. À l’heure où les constructeurs commencent à arrêter de concevoir des cartes SIM physiques, qui émettent deux fois plus de CO2 que leurs équivalents digitaux, la question n’est plus de savoir si l’eSIM va s’imposer, mais à quelle vitesse les compagnies aériennes feront de la connectivité un élément standard de leur offre, au même titre que la carte d’embarquement dématérialisée il y a dix ans.

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